À peine arrivée de Serbie, Mirjana Stojilović a commencé à enseigner en français. Un défi qui n’a nullement découragé celle qui a été désignée meilleure enseignante 2025 de la Section informatique de l’EPFL.Son père l’imaginait reprendre un jour son cabinet vétérinaire. «Même si j’aimais bien les animaux, je préférais la logique, en particulier les maths et la physique», se souvientMirjana Stojilović. Certes, la collaboratrice du Laboratoire d’architecture de systèmes parallèles n’était «pas du genre à démonter des ordinateurs dans la cave familiale». Son choix académique s’est néanmoins porté sur la faculté d’électrotechnique de Belgrade. «Notamment parce qu’un cousin que j’admirais beaucoup y étudiait.»Outre les mathématiques et la physique, la jeune Mirjana adorait les défis. «Dès l’âge de dix ans, j’ai commencé à participer à des concours scientifiques et linguistiques, qui me permettaient de bouger, de rencontrer des enfants venus d’autres régions du pays.» Elle précise: «À l’heure actuelle, je ne me définirais plus comme une personne compétitive. Mais cette disposition m’a sans doute aidée à trouver ma place dans un milieu scientifique exigeant et concurrentiel.» Ce qui l’a aussi aidée, c’est son envie d’avancer vite. «Pendant mes études universitaires, je brûlais de sauter dans le ‘monde suivant’, celui du travail. J’ai donc tout donné afin d’obtenir mon diplôme en quatre ans au lieu de cinq.»Une fois ce diplôme en poche, l’ingénieure décroche un emploi dans un institut de recherche et développement de la capitale serbe. Moins de deux ans plus tard, l’appel de l’apprentissage retentit néanmoins à nouveau. La chercheuse se lance alors dans une thèse consacrée à la conception d’architectures matérielles reconfigurables spécifiques à un domaine, tout en conservant son poste à l’Institut Mihajlo Pupin. «Ce furent des années très intenses. Mais passionnantes!»L’importance des modèles fémininsDurant ses études doctorales, Mirjana Stojilović a passé plusieurs mois à l’EPFL, dans le cadre d’un programme de transfert des connaissances. «Cela m’a donné envie d’aller vivre en Suisse plus tard.» Un projet qu’elle mettra à exécution en 2013, à peine sa thèse achevée. «J’ai d’abord travaillé trois ans au sein de la HEIG-VD, en tant que collaboratrice scientifique. Pendant les deux dernières années de ce mandat, je donnais déjà un cours à l’EPFL.» En 2016, une opportunité s’est présentée à la Faculté d’informatique et de communications. «Je l’ai saisie sans l’ombre d’une hésitation.»La création de jeux, aussi exigeante soit-elle, est une approche pédagogique très intéressante; elle est orientée projets et permet de stimuler la créativité des jeunesLors de son arrivée en Suisse, la scientifique a été frappée par le déséquilibre entre femmes et hommes dans sa discipline. «En Serbie, la présence des femmes dans des filières comme le génie électrique, le génie civil, les mathématiques ou la physique est plus marquée.» D’ailleurs, lorsqu’elle a choisi son cursus universitaire, «personne ne s’en est étonné». Ailleurs en Europe, et notamment en Suisse, «les femmes restent moins nombreuses dans certaines filières scientifiques et techniques, même si des institutions comme l’EPFL agissent pour faire évoluer la situation». L’enseignante souligne à ce sujet l’importance des modèles féminins. «J’espère pouvoir apporter ma modeste contribution en servant d’exemple.»Un espace d’apprentissage bienveillantDe ses premières expériences en tant qu’enseignante à l’EPFL, Mirjana Stojilović garde un souvenir en demi-teinte. «J’aimais beaucoup l’énergie des étudiantes et des étudiants; mais il s’agissait d’un cours en français, ce qui constituait un sacré défi pour moi.» Elle ajoute en riant: «Cela dit, à l’époque, je trouvais encore plus difficile de prendre un café avec un ou une collègue francophone.» Dix ans plus tard, elle ressent toujours une forme d’anxiété face à l’auditoire. «Mais dans le bon sens», poursuit-elle, «un peu comme le trac d’une actrice de théâtre». Au bout de quelques minutes, «je me détends et me sens parfaitement dans le ‘flow’».La philosophie d’enseignement de Mirjana Stojilović repose sur trois piliers. «D’une part, j’essaie de démystifier la matière.» Pour ce faire, elle s’exprime lentement, clairement, sans faire de raccourcis, quitte à davantage développer certains points qu’il n’est strictement nécessaire. Pour s’assurer de l’engagement des étudiantes et des étudiants, elle n’hésite par ailleurs pas à recourir aux ressorts du jeu. «Je ne suis moi-même pas une joueuse, mais la création de jeux, aussi exigeante soit-elle, est une approche pédagogique très intéressante; elle est orientée projets et permet de stimuler la créativité des jeunes.»Deuxième élément caractéristique de ses cours: leur côté très visuel. «Mes présentations sont un mélange de textes, de chiffres et de couleurs.» Ces dernières servent à créer une forme de récit qui devient ensuite le fil rouge de l’apprentissage. Enfin, Mirjana Stojilović dit s’efforcer de réduire la distance avec son auditoire et d’encourager ses étudiantes et étudiants à la voir comme une personne accessible. Concrètement, lorsqu’une occasion se présente, elle aime partir d’une actualité, d’une avancée récente dans la recherche ou d’un sujet connexe au cours. Elle prend aussi le temps d’échanger de manière informelle. «Je tiens à ce que ma salle de cours soit un lieu où l’on se sent à l’aise et en confiance.»
«Je m'efforce de réduire la distance avec mon auditoire»
À peine arrivée de Serbie, Mirjana Stojilović a commencé à enseigner en français. Un défi qui n’a nullement découragé celle qui a été désignée meilleure enseignante 2025 de la Section informatique de l’EPFL.













