L’Orchestre classique de Montréal et Andrei Feher mettaient un terme à leur saison 2025-26, samedi soir, en quittant la salle Pierre-Mercure pour la Maison symphonique. Bien leur en a pris : Quatre Saisons et Gloria de Vivaldi ont rempli la salle à ras bord.Certains lecteurs qui se demandent parfois pourquoi il peut être question de faits extramusicaux dans une critique musicale. C’est qu’il nous paraît primordial de rendre compte du « fait du concert » qui dépasse la musique et peut amener à réflexion.Dans le cas présent, plutôt que de soupeser le dosage entre le hautbois et le continuo dans le « Domine Deus » du Gloria de Vivaldi, qui, au passage, était parfait et admirablement joué par Lindsay Roberts, Marieve Bock et Jonathan Addleman, le « fait du concert » était de voir une Maison symphonique pleine comme un œuf pour un concert « L’Orchestre classique de Montréal joue Vivaldi ».Faire savoirPour camper le contexte, nous sommes dans une ville où Les Violons du Roy, orchestre de chambre d’élite mondiale, pouvaient bénir le ciel lorsqu’ils remplissaient trois-quarts de parterre et de corbeille (soit 75 % d’une demi-salle) au même endroit avec Jonathan Cohen et où Bernard Labadie a certes fait le plein avec le Requiem de Mozart, mais sans ouvrir mezzanine et balcon. Nous sommes dans une ville, aussi, où Arion Baroque, autre orchestre de chambre, sur instruments anciens celui-là, qui travaille notamment avec le Centre de musique baroque de Versailles, peine à faire deux fois 300 sièges à la salle Bourgie.Nous avons autant de réelle sympathie pour l’Orchestre classique de Montréal que nous aimons les métaphores sportives. Alors si nous transposons au sport, il nous semble qu’un béotien sportif qui voudrait un jour aller voir un match de hockey, irait voir le Canadien et s’il s’intéresse au soccer, le CF Montréal. A contrario, en musique classique, on retrouve cette frange ou typologie à l’Orchestre Philharmonique et Chœur des Mélomanes, à l’Orchestre classique de Montréal, ou encore ailleurs.C’est là un vrai phénomène, qui interroge non pas sur des questions de « qualité » (qui touche surtout les ensembles que nous avons regroupés sous le vocable « encore ailleurs »), mais sur des formules de « faire savoir » que de petites structures débrouillardes ont su développer et qui semblent passer au-dessus de la tête des structures d’élites (on peut aussi parler de l’Opéra de Québec et quelques autres). Au-delà du « vrai phénomène », cela devient une « vraie question ».AnniversaireL’explication de la foule en salle, samedi, se trouvait largement sur scène, avec la présence massive des Petits Chanteurs du Mont-Royal, chœur qui fête ses 70 ans. On dira que les familles étaient venues en masse, ce qui est vrai. Mais il y a toujours une bonne explication et l’OCM est passé maître dans l’art de faire savoir et de créer des événements. Il faut le reconnaître et le saluer. Que ça leur profite ; ils l’ont mérité.Le concert a été marqué par la présence plus que méritoire de Marc Djokic, victime d’un accident la veille et qui, visiblement, ne pouvait pas poser le pied par terre, mais tenait à assumer son rôle de 1er violon et à jouer (très bien) les Quatre Saisons en solo. Il a connu un petit passage « chaud » dans le 1er mouvement de l’Été, mais a assuré avec beaucoup de constance et quelques belles ornementations (mouvement lent du printemps ou 1er volet de l’Automne) l’ensemble des quatre concertos.Andrei Feher avait préparé l’orchestre avec calme (pas d’exagérations expressives), mais beaucoup de finesse dans les couleurs (début de l’Hiver) et nuances. Son travail s’annonce excellent, à en juger par la justesse et cohésion du groupe. Il sera fascinant de voir dans trois ans qui de I Musici, qui a choisi l’autogestion sans chef, ou de l’OCM, qui a choisi de se cimenter avec Feher, aura opté pour la bonne voie. Dommage que le public ait applaudi après chaque « chanson » (pas chaque Saison ; chaque mouvement).Le Gloria était là pour mettre en valeur les Petits Chanteurs du Mont-Royal, au point où les passages solistes étaient assumés par les pupitres respectifs. Malgré la masse chorale cossue pour une œuvre du genre, Feher n’a pas abdiqué sur la franchise des tempos et a tenu ses troupes. On ne peut cependant pas dire qu’avec l’âge, le chant gagne en distinction (pupitre grave), nous avons nettement préféré la discipline et clarté des sopranos. À part le « Qui sedes » assez chancelant, il n’y eut pas vraiment de temps morts dans une exécution enthousiaste de toutes parts.Le concert débutait par un Concerto pour deux violons d’un jeune compositeur, Tom Lachance. L’idée du pastiche de Vivaldi déconstruit et rendu moche et dissonant pour « faire contemporain » est recuite et ne mène à rien. En tout cas, ce n’est pas notre tasse de thé, ni de café, ni d’aucune autre boisson.