Stéphane Denève dirigera l’Orchestre symphonique de Montréal à l’amphithéâtre Fernand-Lindsay samedi 25 juillet. À la pointe de la programmation de la musique de notre temps depuis un quart de siècle, le chef français témoigne du rééquilibrage de l’écosystème musical.Stéphane Denève occupe deux postes importants aux États-Unis. Il est, depuis 2019, directeur musical l’Orchestre symphonique de Saint-Louis et, à Miami, directeur artistique du New World Symphony, où il a succédé au fondateur, Michael Tilson Thomas, en 2022. Son contrat vient d’y être prolongé jusqu’en 2032.PrémonitionsNotre plus récent entretien avec le chef français date de sa dernière présence à Montréal. C’était il y a 20 ans, en 2006. Le portrait s’intitulait « Stéphane Denève, chef militant ». Ce militantisme reposait sur une phrase : « Pour les trois quarts du public, musique contemporaine est synonyme de “pilule amère” avant d’écouter de la “vraie musique”. Mon combat est de changer ce cliché. » Persuadé que « le public devrait être plus excité de découvrir une nouvelle œuvre que d’entendre une symphonie de Beethoven pour la vingtième fois », le chef avait, quelques années plus tard, à Bruxelles, choisi d’intégrer dans chaque programme une œuvre de notre siècle. Fenêtre d’opportunité : « L’avant-garde commence à être “has been” au profit d’un courant beaucoup plus varié et complexe, avec évidemment des choses très mauvaises, mais aussi un pan de la création qui permet au public de retrouver une musique moderne, nouvelle et excitante, qui provoque des réactions normales et musicales », avait-il déclaré.L’histoire semble lui avoir donné raison et, ayant troqué ses postes européens (Écosse, Bruxelles, Stuttgart) pour des responsabilités aux États-Unis, le chef est désormais au cœur des nouvelles tendances. « Depuis la Seconde Guerre mondiale, la musique contemporaine reposait sur des dogmes d’écriture. En France, il y avait des chapelles, des groupes, des factions. Les États-Unis — parce que l’économie des concerts oblige à vendre des billets, tout simplement — dépendent moins de ce modèle européen, où l’on peut se permettre de jouer à perte. Cette réalité a imposé un certain réalisme. »Aujourd’hui, Stéphane Denève observe un « double phénomène ». « Le besoin de rentabilité a fait que les États-Unis ont toujours privilégié une programmation avec des compositeurs qui cherchent à rejoindre le public, sans pour autant que cela devienne de la prostitution artistique. À cela s’est ajoutée la révolution de la diversité, de l’équité et de l’inclusion (DEI). Elle a totalement noyé l’idée du dogme, du style d’écriture ou du débat traditionnel européen entre le tonal et l’atonal, pour établir un principe assez positif : essayer de faire entendre des voix différentes. Si une voix a quelque chose à dire, elle mérite d’être jouée. »
La normalité symphonique vécue par son prophète, Stéphane Denève
Il y a 20 ans, ici, Stéphane Denève plaidait pour la curiosité musicale. Le temps l’a récompensé.








