Les Violons et la contralto Rose Naggar-Tremblay mettaient un terme, vendredi, à la saison régulière de la salle Bourgie, celle-ci accueillant dès cette semaine le Festival de musique de chambre. La soirée fut à l’image de ce dont nous avions besoin après la semaine de Concours musical : concentrée, diverse et de très belle tenue.Avant le concert, Olivier Godin, directeur artistique de la salle Bourgie, annonçait au micro que Rose Naggar-Tremblay ne chanterait pas le « Al lampo dell’armi » de Giulio Cesare de Händel et que nous serions à même de le comprendre en la voyant monter sur scène.On ne saurait en vouloir à la chanteuse. Cet air fait partie de ces moments hyper virtuoses qu’Händel réserve à ses solistes, des suites de vocalises sur un tempo soutenu demandant une tonicité maximale du diaphragme. La chose était tout simplement trop périlleuse pour l’artiste qui attend dans peu de temps son premier enfant, dont on ne voudrait pas, non plus, qu’il soit traumatisé par la musique !Voix intacteRose Naggar-Tremblay s’est présentée par ailleurs dans « Presti omai » et « Aure, deh, per pieta ! » de Giulio Cesare, puis Il tramonto de Respighi. La voix n’a rien perdu de son aura, sa présence, sa rondeur. Les lignes, aussi, étaient très belles et soutenues. Ces moyens techniques, que nous avons jugés intacts sur ce type de répertoire, ont permis un éloquent travail sur la maîtrise des dynamiques dans Händel (le pianissimo dans la première transition vers le mot « Aure » a été le grand moment de la soirée) et l’intelligence du texte et des sentiments véhiculés dans Il tramonto.Même si on a déjà entendu des Violons du Roy plus cohérents que dans les premières mesures de cette œuvre de Respighi, la suite s’est très vite placée et fut un enchaînement d’atmosphères que la chanteuse a incarnées avec intensité.Le concert était dirigé par un jeune Américain, Kyrian Friedenberg, qui a établi un excellent contact avec les musiciens. Son approche de Corelli était sobre et, dans le Concerto pour cordes de Rota, il a misé sur la densité sonore et la virtuosité (admirable Finale) des Violons du Roy.Tout cela était de la musique de qualité et de bon sens, dans un programme réuni pour célébrer Rome, en relation avec l’exposition Torlonia : chefs-d’œuvre de la sculpture romaine, du Musée des beaux-arts. En fin de première partie, des extraits ou toute la 3e suite des Airs et danses antiques de Respighi auraient pu doper un peu une soirée qui a rempli son œuvre, d’autant que la salle était pleine.Ce ne sera pas le concert de l’année, mais il a remis les pendules à l’heure et a fini sur un petit clin d’œil avec le cadeau à Rose Naggar-Tremblay de l’orchestration d’une de ses chansons, intitulée Le bourdon.