Un bestiaire artistique composé sur plusieurs décennies puis immergé dans des collections de chasse et d’animaux empaillés, un plasticien africain-américain travaillant la mémoire noire et les objets de consommation exposé en une centaine d’œuvres en miroir des tableaux de Picasso et six expositions monographiques qui composent ensemble une réflexion visuelle sur la « puissance subversive des handicaps » en entendant montrer d’autres types de corps pour faire vaciller le normcore.On discute et dispute aujourd’hui de l’investissement du musée de la Chasse et de la Nature par la plasticienne Annette Messager avec une exposition intitulée « Une hirondelle ne fait pas le printemps » ; de la grande rétrospective que le musée Picasso consacre au peintre et sculpteur Henry Taylor et enfin de la proposition intitulée « Norme Corps » qui ouvre la nouvelle saison du Palais de Tokyo.Annette Messager : « Une hirondelle ne fait pas le printemps »Le musée de la Chasse et de la Nature, à Paris, s’est fait une spécialité d’inviter des artistes contemporains à investir ses espaces pour dialoguer avec ses collections si particulières, faites d’animaux empaillés, de trophées et massacres, de fusils de toutes époques et de toutes dimensions, de crottes d’animaux divers, de peintures et de tentures.Celle qui est proposée depuis le 14 avril et jusqu’au 20 septembre par la plasticienne Annette Messager semble relever de l’évidence tant le motif de l’animal traverse l’ensemble de l’œuvre de la plasticienne née en 1943 à Berck-sur-Mer, connue pour un travail fait aussi bien de broderies, de sculptures, de dessins ou de photographies que d’installations composées à partir d’objets du quotidien, qui a été exposée dans les plus grandes institutions muséales de la planète, du Moma de New York au Centre Pompidou de Paris, et a été lauréate du Lion d’or à la Biennale de Venise en 2005.Araignées en bronze ou en assemblage de soutiens-gorges, peluches de lapins et d’oursons, mais aussi dessins d’« escargot-cocotte » ou petite sculpture noire de « cheval-chaussure » : le bestiaire d’Annette Messager est vaste et oscille entre le chimérique et l’onirique, entre le sexuel et le sensuel, entre l’humour et le tragique.Le commissariat de cette exposition intitulée « Une hirondelle ne fait pas le printemps » est signé Colin Lemoine, historien d’art et écrivain. © Mediapart Henry Taylor : « Where thoughts provoke »En aval des expositions consacrées à Faith Ringgold en 2023, Jackson Pollock en 2024 ou Philip Guston en 2025, et avant la grande rétrospective consacrée au mouvement de la Harlem Renaissance prévue pour le printemps 2027, le musée Picasso ouvre ses cimaises au peintre africain-américain Henry Taylor et poursuit l’exploration de la réception de Pablo Picasso sur la scène états-unienne.L’exposition de l’artiste s’intitule « Where thoughts provoke ». Elle a été conçue avec l’artiste lui-même et se déploie sur deux étages et treize salles, réunissant une centaine d’œuvres, principalement des peintures, mais aussi des installations semblables à des forêts de bidons noirs et à de singulières transformations d’objets du quotidien allant de la boîte d’allumettes à celle de popcorns en sculptures ou peintures en relief.Le commissariat de cette exposition visible jusqu’au 6 septembre, qui s’ouvre par un grand triptyque réalisé pour la Biennale de Venise en 2019, est signé Joanne Snrech, conservatrice du patrimoine au musée Picasso. © Mediapart « Normes Corps »La nouvelle saison du Palais de Tokyo, pour citer son directeur, Guillaume Désanges, « interroge positivement les notions de vulnérabilité, de fragilité, de handicap et d’écarts par rapport aux normes pour proposer des expériences artistiques qui bouleversent les idées reçues » et entend bousculer le validisme, « ce système qui établit, par des critères physiques et psychologiques, une hiérarchie entre les corps, entre ceux dits “normaux” et ceux jugés “anormaux” » afin de restituer la « puissance subversive du handicap ».Pour cela, le Palais de Tokyo présente six expositions monographiques d’artistes qui explorent la fragilité, le handicap ou la différence, regroupées sous le titre générique « Normes Corps ».Dans ces dernières, on trouve les artistes français Pauline Curnier Jardin et Benoît Piéron et les Britanniques Jesse Darling et Cathy de Monchaux, ainsi que deux sections plus petites consacrées l’une au travail sur les rampes d’accès de l’artiste états-unien Joseph Grigely, l’autre à celui de Cheryl Marie Wade, morte en 2013, figure tutélaire d’une scène d’artistes handicapé·es développée à Berkeley, en Californie, à la fin des années 1970, qui revient sur l’invention même du terme crip, réappropriation positive du terme péjoratif cripple, pour « estropié ».« Normes Corps » a ouvert au début du mois d’avril et demeurera visible jusqu’au milieu du mois de septembre. © Mediapart Avec :Guslagie Malanda, actrice et curatrice d’exposition indépendante ;Margot Nguyen, travailleuse de l’art indépendante ;Rose Vidal, critique et autrice.« L’esprit critique » est enregistré par Corentin Dubois et réalisé, comme chaque semaine, par les équipes de Gong.