JEAN-MICHEL TIXIER POUR M LE MAGAZINE DU MONDE

Si le métier de chroniqueur mode consiste parfois (souvent) à calmer les enthousiasmes et à questionner les tendances, il implique aussi de relativiser le mépris systémique frappant certaines pièces, excommuniées sur des bases fragiles et universellement méprisées par habitude. En l’occurrence, la chemisette mérite un peu mieux que le discours qu’on tient à son sujet.

Certes, sa mauvaise réputation repose sur des bases tangibles. Le mot « chemisette » convoque immanquablement, chez chacun, des images d’hommes du secteur tertiaire, assurant la circulation, conduisant des bus ou vadrouillant dans un magasin d’électroménager à la recherche du client à qui refourguer le meilleur fer à vapeur du marché.

Souvent affublée d’une broderie à l’effigie d’une enseigne, régulièrement badgée d’un prénom, parfois accompagnée d’une cravate et déclinée dans d’improbables demi-teintes (pistache délavé, mauve éculé, saumon avarié) dans les cas les plus graves, cette chemise à manches courtes fut ainsi longtemps réduite au statut de vêtement-­uniforme porté sous la contrainte.

Mais les temps ont changé. Dans la plupart des enseignes et administrations, la chemisette-­uniforme a laissé sa place au polo-uniforme, ouvrant ainsi la possibilité d’une réhabilitation. Cette pièce stigmatisée offre aussi de belles histoires, baignées de soleil et empreintes de raffinement.