JEAN-MICHEL TIXIER POUR M LE MAGAZINE DU MONDE
A
la faveur de la reformation estivale du groupe Oasis et des nombreuses opérations textilo-marketing générées par celle-ci, le débat entourant les tee-shirts de rock a fait son retour sur le devant de la scène. Plébiscité par les fans, collectionné par les nerds, récupéré par les poseurs et raillé par le commun des mortels, ce dernier n’est pas un vêtement anodin.
Inventé en 1956 par un fan-club d’Elvis désireux de faire rentrer un peu d’argent en écoulant un maillot à l’effigie de sa star, puis industrialisé par le promoteur de concerts Bill Graham, le tee-shirt de rock a traversé les décennies en imposant une élégance particulièrement aléatoire. S’il lui arrive d’être sobrement siglé voire sublimement sérigraphié et patiné par le temps, il est plus souvent balafré de typos fluorescentes et de visages approximativement reproduits à l’encre gonflante.
Aussi immonde puisse-t-il être, il échappe pourtant à toute lecture purement esthétique. Qu’il soit porté par un ado s’accrochant à son groupe de cœur pour traverser sa crise identitaire ou par un quinqua surjouant les codes vestimentaires rebelles pour compenser les ravages de la calvitie sur sa crinière sauvage, le tee-shirt de rock vaut d’abord par sa dimension identitaire. A l’inverse de l’horrible pièce à logo de marques de luxe, affirmant pouvoir d’achat et statut social, il dévoile en effet culture et histoire personnelle.






