JEAN-MICHEL TIXIER POUR M LE MAGAZINE DU MONDE

C

haque année, la première semaine de septembre nous confronte à une série de comportements désespérés chez certains de nos collègues. Ainsi, dans l’illusion de faire durer les vacances, quelques-uns continuent de s’échouer, chaque soir, à 18 heures, devant un verre de rosé lourd de souvenirs, quand d’autres préfèrent se badigeonner le visage d’un prolongateur de bronzage leur faisant la peau aussi grasse que le gril du barbecue après un mois d’usage intensif. Les plus malheureux vont plus loin encore : ils s’obstinent à arborer leurs vêtements de villégiature sur leur lieu de travail, s’y présentant en short ou bermuda.

Si la démarche est touchante par la détresse qu’elle traduit, et mérite d’être étudiée avec empathie, elle nous oblige tout de même à une mise au point. Alors que la tenue vestimentaire – et donc le port du bermuda – relève de la liberté individuelle du salarié (selon l’article L1121-1 du Code du travail, les contraintes vestimentaires ne peuvent être justifiées que par le poste de travail), la pratique comporte son lot de risques.

L’homme déambulant jambes à l’air dans l’open space se condamne à en devenir l’attraction, à être l’objet de toutes les attentions. Si ses collègues les plus proches se contenteront d’exprimer une compassion amusée, les autres, moins familiers, se plairont à observer de façon appuyée les mollets de l’ex-vacancier, notant si ceux-ci sont bronzés ou laiteux, poilus ou imberbes, séduisants ou repoussants.