Oubliez les clichés du cycliste militant. Aujourd’hui, le vélo cargo trône fièrement devant les écoles, reléguant presque les gros SUV à une époque ancienne. Ce nouveau marqueur social de la bourgeoisie urbaine a pourtant un défaut majeur : son ticket d’entrée. Quand les ténors du marché exigent un chèque de 4 000 à 7 000 euros, et que même les enseignes de sport grand public peinent à passer sous la barre des 3 000 euros, l’addition pique.C’est dans ce marché élitiste que le constructeur Fiido jette un pavé dans la mare avec son modèle T2, affiché à 1 599 euros en kit famille prêt à embarquer deux bambins à l’arrière. Un tarif défiant toute concurrence qui soulève une question légitime : miracle économique ou fausse bonne affaire ? Fort de mon expérience, après avoir testé plusieurs vélos cargos sur différents médias et en conditions réelles pendant quelques années, l’heure est au bilan de ce nouveau modèle.CaractéristiquesDétails du Fiido T2Moteur250 W (Moyeu arrière)Couple moteur55 NmCapteur d’assistanceCapteur de couple (Mivice)Batterie48V 20.8Ah (998,4 Wh) amovibleAutonomie maximaleEnviron 50 km (en conditions réelles constatées) / N.C. (donnée constructeur max)Vitesse maximale25 km/h (Gâchette limitée à 6 km/h)TransmissionShimano Tourney 7 vitessesSystème de freinageDisques hydrauliques à 4 pistons avec coupure électriquePneumatiquesCST 20*4.0 Fatbike (Tout-terrain)SuspensionFourche avant hydraulique (débattement 60 mm)Poids (avec batterie)39,5 kgCharge utile maximale200 kg (120 kg cycliste / 80 kg porte-bagages)Indice de protectionN.C.Taille du cyclisteJusqu’à 180 cm (recommandé)Prix de référenceEnviron 1 599 € (en kit famille)Le mythe du « prêt-à-rouler »Disons-le tout de suite, le Fiido T2 se mérite. Livré dans un carton imposant, l’engin affiche près de 40 kilos sur la balance. Son extraction nécessite deux personnes sous peine de se froisser un muscle avant même d’avoir pédalé. Si l’assemblage basique (roue avant, potence, pédales) s’expédie en une petite heure avec un outillage décent, la véritable épreuve commence après.Le Fiido T2 est livré partiellement assemblé : prévoyez une bonne heure et un peu de patience pour le montage initial. JÉRÉMIE FDIDA L’économie réalisée à l’achat risque en effet de se transformer en facture chez le vélociste du coin. En sortie d’usine, la transmission Shimano Tourney et les freins à disques hydrauliques exigent un réglage d’horloger pour ne pas transformer votre premier trajet en calvaire. Si vous n’avez pas l’âme d’un mécanicien, prévoyez un budget supplémentaire pour une révision immédiate.Un look de bad boy et des idées brillantesAvec son allure de "supermotard" et sa conception compacte, le Fiido T2 défie les standards du vélo cargo à un prix défiant toute concurrence. JÉRÉMIE FDIDA Esthétiquement, le T2 refuse la banalité. Avec sa peinture noir mat, ses énormes pneus fatbike de 20 pouces de diamètre pour 4 pouces de large et sa touche de bois sur le porte-bagages, il lorgne davantage du côté de la moto saveur supermotard que de la bicyclette traditionnelle. Il attire l’œil et récolte les suffrages.Côté modularité, Fiido signe un sans-faute sur la partie arrière. L’installation d’une nacelle sécurisée avec coussins permet d’embarquer deux jeunes enfants (idéalement en dessous d’un mètre vingt) dans un confort tout à fait acceptable. Le système de sac en tissu ajusté au bac arrière, qui se clipse et se déclipse en une poignée de secondes, est une trouvaille d’ergonomie qui facilite grandement le quotidien des parents pressés.Le support de panier avant est idéal pour transporter un cartable, sans jamais compromettre la stabilité de la direction. JÉRÉMIE FDIDA Le phare avant, plutôt puissant, est solidaire du cadre : dans la pénombre, il éclaire tout droit pendant que vous tournez. Le feu stop intégré a le mérite d’exister, mais manque un poil de puissance. Ce qui ne le rend efficace que de nuit (mais c’est déjà ça).Le phare avant, puissant et stylé, a le défaut d'être solidaire du cadre : il n'éclaire pas l'angle de braquage dans les virages. JÉRÉMY FDIDA Le feu stop arrière a le mérite d'exister, mais il manque cruellement de puissance pour être réellement efficace de jour. JÉRÉMY FDIDA Le supplice des grands, un espace arrière réduit et le bonheur du local à véloC’est incontestablement le talon d’Achille de ce modèle. Conçu autour d’un cadre compact, le T2 impose une limite rédhibitoire : sa selle plafonne à 94 centimètres du sol. Concrètement, passé 1m 80, le cycliste devra pédaler avec les genoux hauts. Une posture qui passe d’agaçante à franchement douloureuse au-delà d’une trentaine de minutes de trajet. Dommage qu’il n’y ai pas de tige télescopique ou suspendue sur un vélo à vocation familiale. Mais en chinant un peu dans des magasins spécialisés, il y a moyen d’en trouver une à votre taille et de palier ce problème pour une petite centaine d’euros.C’est le défaut majeur du T2 : un cycliste de 1,90 m se retrouve avec les genoux trop hauts, rendant les longs trajets douloureux en raison d'un cadre trop compact. JÉRÉMY FDIDA L’autre point particulier est l’espace à l’arrière pour les enfants. Deux enfants de 1,10 m seront juste. Au-delà, ce sera serré. C’est un point à prendre en compte.Le sac peut être retiré en quelques secondes pour laisser la place aux enfants. JÉRÉMY FDIDA Il y a tout de même un point positif à son format réduit : il n’est pas plus long qu’un vélo standard. Donc il trouve aisément sa place dans un local à vélos. Sur l’asphalte, force tranquille et essoufflement en côte Malgré son centre de gravité très bas et ses petites roues, le T2 brille par sa stabilité. Il file droit, ne tremble pas, et encaisse les courbes avec une aisance rassurante. Il est rare de trouver un cargo avec support panier qui ne guidonne pas. Le Fiido T2 permet même de retirer les mains.Évidemment, ce n’est pas à faire avec des enfants derrière. JÉRÉMY FDIDA Oubliez cependant la fourche avant suspendue, car elle vient taper en butée à la moindre plaque d’égout. Le véritable confort est assuré par les pneus XXL qui gomment les aspérités de la route avec une redoutable efficacité (et une bonne résistance aux crevaisons).La fourche hydraulique permet un réglage de la précontrainte, mais elle manque de fermeté pour encaisser les gros chocs une fois le vélo chargé. JÉRÉMY FDIDA Le freinage, assuré par des étriers à quatre pistons et des disques de 203 mm, fait le travail, sans plus. Lancé à 25 km/h avec deux enfants et les cartables, le vélo s’arrête en 5 mètres. Bon point, Fiido glisse des plaquettes de rechange dans le carton.Gros plan sur les freins à disques hydrauliques de 203 mm du Fiido T2. Un équipement nécessaire pour arrêter les 200 kg de charge utile en toute sécurité. JÉRÉMY FDIDA Le moteur Mivice de 250 W remplit sa mission avec entrain, malgré un niveau sonore assez marqué en plein effort. Très à l’aise pour tracter l’ensemble sur les parcours plats, il montre toutefois ses limites en dénivelé. Dans les montées raides, l’assistance s’efface au profit de la force des jambes pour mouvoir les 200 kg de capacité totale.Le moteur est logé dans le moyeu de la roue arrière. JÉRÉMY FDIDA On saluera la gâchette d’accélération (légale jusqu’à 6 km/h), une bénédiction pour s’extraire du flux au feu vert sans martyriser la mécanique.Légale, l’accélération à la gâchette permet d’atteindre des 6 km/h. Il faut alors la relâcher pour bénéficier de l’assistance électrique. JÉRÉMY FDIDA Sur les trois modes disponibles (vous pouvez en régler 5 sur l’application), le mode Turbo (niveau 3) semble outrepasser le capteur de couple pour ne s’ajuster qu’à la cadence. Il en résulte l’impression de pédaler dans le vide. Le mode Normal (Niveau 2), en revanche, en tire parti et donne la sensation de pédaler.Gros plan sur l'écran LCD du Fiido T2. On distingue les modes d'assistance, la vitesse et le niveau de batterie, ainsi que les boutons de commande. JÉRÉMY FDIDA Frugalité comptableLe T2 permet d’abattre jusqu’à 50 km distance avant la panne sèche. C’est bien, mais nous aurions apprécié pouvoir en parcourir davantage grâce à sa généreuse batterie de près de 1 kWh. En effet, le T2 est lourd par nature, et il consomme.Pourtant, calculette en main, le constat est sans appel : à 42 centimes d’euros les 100 kilomètres, l’usage quotidien coûte le prix d’un café par mois. Comme quoi, le plus gourmand des vélos reste économiquement plus frugal que toute autre solution motorisée permettant d’emmener autant de poids.La généreuse batterie de 998,4 Wh est amovible, mais patience : il faut compter sept bonnes heures pour une recharge complète. JÉRÉMY FDIDA Il faudra simplement faire preuve d’anticipation : la recharge complète monopolise une prise pendant sept longues heures. La batterie amovible, sécurisée par un excellent système de clé à la sauce moto, pèse tout de même 5 kilos mais se transporte facilement.La clé permet de verrouiller le système de batterie et de couper l’électronique comme sur une moto. Le vélo est alors compliqué à déplacer et la batterie ne peut se retirer. JÉRÉMY FDIDA Une application richeL’application Fiido (disponible sur iOS et Android) permet de paramétrer le vélo. Elle offre aussi un tableau de bord qui affiche pléthore d’informations.L'application Fiido transforme votre smartphone en un véritable tableau de bord complet, affichant vitesse moyenne, dénivelé et autonomie restante en temps réel. JÉRÉMY FDIDA Vous y retrouvez vitesse, distance restante selon le mode choisi, dénivelé, pourcentage de batterie restante, durée du trajet ou encore vitesse moyenne). L’affichage peut être en miles ou km.Et la durabilité dans tout ça ?Pour des trajets de 20 km journaliers, le vélo devrait tennir plusieurs années, moyennant le changement régulier des plaquettes et des disques. La batterie s’achète directement chez Fiido pour 420€. Comme le reste des composants. Mais soit un atelier acceptera de vous monter le tout, soit il faudra vous y coller.Tous les composants sont vendus sur le site de Fiido. JÉRÉMY FDIDA Mivice a bonne réputation et le moteur devrait tenir.Notre avis sur le Fiido T2À 1 499 euros, le Fiido T2 n’est pas le roi des cargos, mais il est incontestablement le roi des affaires, sous réserve de cocher les bonnes cases et de savoir bricoler un peu.Si vous mesurez moins d’1m80, que vos trajets quotidiens sont courts et que vous habitez une ville résolument plate, il fera des merveilles sans ruiner votre foyer. Pour les grands gabarits ou les citadins des collines, passez votre chemin : l’économie réalisée ne compensera jamais les défauts.Les prix sont mentionnés à titre indicatif et sont susceptibles d’évoluer. Certains liens sont trackés et peuvent générer une commission pour Le Point. Contenu conçu et proposé par Le Point Services. La rédaction n’a pas participé à sa réalisation.
Test Fiido T2 : L’anti-SUV urbain qui casse les prix
À 1 499 euros, le Fiido T2 pulvérise les prix d’un marché du vélo cargo devenu le nouveau marqueur social des centres-villes. Mais la contrepartie est-elle, de son côté, chère payée ?






