Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Libertés numériques Libertés numériques Libertés numériques Tribune Antoine Bidegain Directeur de pôle numérique Sophie Woodville Chargée de mission numérique Dans une tribune au « Monde », Antoine Bidegain et Sophie Woodville, deux spécialistes des questions numériques, plaident pour que la question de notre rapport aux écrans, véritable enjeu de souveraineté et de santé publique, soit au cœur des débats de la prochaine élection présidentielle. Publié aujourd’hui à 15h00 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés En mai 2027, la France se donnera un nouveau président de la République. Elle le fera au terme d’une campagne dont on peut déjà imaginer les grands thèmes : l’immigration, le pouvoir d’achat, la sécurité, peut-être la santé, la critique fiscale. L’environnement, subsidiairement. Or les Français passeront, à ce moment-là, entre trois et huit heures par jour devant des écrans dont le contenu est sélectionné pour eux par une demi-douzaine d’entreprises étrangères. Celles-ci façonneront une part importante de ce que les citoyens verront de leurs candidats, des sujets mis ou pas sur le devant de la scène, et jusqu’au rythme même de leurs indignations. Elles monétiseront au passage ce temps passé face aux écrans. Il est fort probable qu’à cette date elles équiperont toujours nos entreprises, nos administrations, et même certains de leurs services régaliens critiques. Pourtant, aucun candidat potentiel n’a, à cette heure, commencé à dire sérieusement comment il répondrait à ces défis. Ce silence n’est pas une hiérarchisation raisonnable des priorités, comme on voudrait parfois le présenter. Il procède d’une mécanique plus profonde. L’attention politique, cette ressource rare qui décide de ce qui sera dit pendant une campagne, est aujourd’hui contrôlée par des plateformes privées qui constituent l’objet même du débat. Comment demander à nos responsables politiques de parler des enjeux du numérique, malgré les contraintes de format, l’exigence d’extrême synthèse, voire de raccourcis, qu’il leur impose ? Sortir de ce piège suppose de renoncer à l’ambition de tout expliquer d’un coup. Si nous voulons un débat citoyen sur nos libertés numériques en 2027, il faudra choisir trois ou quatre questions concrètes, que chacun peut se représenter sans expertise préalable, et sur lesquelles chaque candidat devra avoir une position claire. Ces considérations ne sont pas étrangères à notre réalité quotidienne. Le cas de notre épargne est parlant : en Europe, elle est dispersée dans une poussière d’établissements bancaires nationaux et de fonds trop petits pour financer des entreprises à grande échelle, des champions de la tech notamment. C’est une des faiblesses que pointe le rapport Draghi. Pourtant, depuis la crise due au Covid-19, notre taux d’épargne est près de trois fois supérieur au taux d’épargne américain. Conséquence directe : les ménages européens exportent environ 300 milliards d’euros d’épargne par an, principalement vers les marchés américains… et leurs champions. Il vous reste 61.75% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.