Responsable du Research Office, Jeroen van Hunen a un petit secret pour préserver sa santé mentale: faire de courtes promenades plusieurs fois par jour, seul et sans son téléphone. Il a aussi d’autres recettes, comme écouter très fort du Rachmaninov tout en construisant et réparant toutes sortes de choses.Pour ce nouvel épisode de la série Mind to Mind, nous sommes allés à la rencontre d’un membre du personnel administratif et technique. Après un postdoctorat en physique à l’EPFL il y a plus de 20 ans, Jeroen van Hunen a travaillé pendant six ans comme analyste de données dans une banque à Zurich. De retour à l’EPFL, il a été directeur de l’École doctorale, puis adjoint du doyen de l’ENAC et, depuis 2023, il dirige le Research Office.Quelles sont vos principales sources de stress dans votre travail quotidien?Le stress vient du nombre et de la diversité des questions et des problématiques, des plus pragmatiques aux plus complexes. J’aime cette variété, mais passer sans cesse d’un sujet à l’autre demande un réel effort mental.Par exemple, je dois assurer le suivi de demandes concernant l’équipement de bureau pour de nouveaux collègues, tout en traitant des questions plus complexes liées aux conditions de financement de projets de recherche. Dans certains cas, les conditions imposées par les bailleurs de fonds ne sont pas acceptables pour l’EPFL, alors qu’en même temps, il est crucial pour le ou la scientifique d’obtenir ce financement. Nous devons donc trouver un équilibre entre les intérêts du ou de la principal investigator (PI), les exigences du financeur et les intérêts institutionnels de l’EPFL.Cela implique des échanges étroits avec les professeures et professeurs et les PI, en particulier en début de carrière, car notre objectif est de faciliter leur recherche. En parallèle, il existe des contraintes que nous devons respecter. Gérer ce double rôle peut être difficile.Il y a aussi tout simplement le nombre d’e-mails qui arrivent: plus que ce que l’on peut gérer. Parfois, on a l’impression de perdre le contrôle; ensuite, on rattrape, mais on ne sait jamais à l'avance si on va y arriver.Avez-vous l’impression que les gens ont trop de choses à gérer à l’EPFL?Les personnes qui viennent travailler à l’EPFL sont très motivées et se fixent des standards élevés. Quand les choses ne se passent pas comme prévu, nous avons tendance à nous mettre nous-mêmes sous pression. Avoir des exigences élevées est important, mais cela comporte aussi des défis.Tout va très vite et il y a énormément de canaux de communication: les e-mails, Teams, Jabber, WhatsApp, etc. Autant d’outils qu’il faut surveiller et dont on devient dépendant. C’est aussi une source de stress. Par exemple, j’ai cassé mon téléphone deux fois ces derniers mois, et il m’a été impossible de signer certains documents, puisqu’il faut passer par l’authentification.Comment vous détendez-vous? Que faites-vous pour préserver votre santé mentale?J’aime beaucoup prendre mon petit sandwich seul, dehors, en faisant une courte promenade de dix à quinze minutes. Pour moi, ça fonctionne vraiment. Je sors, je laisse mon téléphone et je passe ce moment seul, parce que le reste de la journée, je suis constamment en interaction avec des personnes. Je n’écoute même pas de musique. Il est très important pour moi de ne pas être connecté en permanence et de ne rien faire.Parfois, je sors simplement cinq minutes. Pas pour résoudre un problème précis, mais juste pour détendre mon cerveau, le laisser vagabonder. Je fais aussi mon petit «Bike to work», ce qui m’aide énormément.Quinze minutes pour la pause de midi, c’est très court!Je vais prendre mon sandwich pendant dix à quinze minutes, mais je ressors encore plusieurs fois pendant cinq minutes. Et puis, il y a mon trajet à vélo. Au total, je passe presque une heure par jour à l’extérieur.J’ai besoin d’être seul et déconnecté pendant ces moments, d’écouter les oiseaux, d’observer les fleurs. Il y a aussi mon jardin qui est fondamental pour moi. Et j’adore réparer et fabriquer des choses. Cela peut aller d’installations électriques importantes à des objets très concrets. Par exemple, j’ai fabriqué tous mes meubles à la maison. Je trouve cela très relaxant. Je n’aime pas acheter des objets neufs; je préfère maintenir les choses en bon état. L’entretien est aussi une forme d’attention portée aux choses. Et puis, j’écoute de la musique très fort. Quand je suis fatigué, après une demi-heure de musique à fond, j’ai l’impression d’avoir bu plusieurs expressos.Quel genre de musique?Ce que j’aime le plus, c’est Rachmaninov. J’ai acheté un coffret de 30 CD, soit tout ce qu’il a composé. Sa musique peut paraître chaotique, mais il y a toujours une structure, que je n’essaie même pas d’analyser; je préfère préserver la magie. J’aime aussi le jazz et le rock des années 1960 et 1970, comme Creedence Clearwater Revival et ce genre de groupes. J’ai un peu joué du piano, et j’ai commencé le violon pendant le covid, mais avec des doigts de mon âge… J’ai l’intention de faire des progrès quand je prendrai ma retraite.Quel conseil donneriez-vous aux personnes qui arrivent à l’EPFL?Je remarque que tout le monde est toujours occupé à faire quelque chose: regarder des vidéos sur son téléphone, lire, etc. Je lis aussi beaucoup au quotidien, mais il est important d’avoir des moments où l’on ne fait absolument rien, sans objectif. Ne pas être connecté en permanence est, à mon avis, super important.Un autre conseil serait de faire confiance aux gens. Les personnes ici sont vraiment motivées et compétentes. Il faut être ouvert et veiller à ce que les gens n’aient pas peur de faire des erreurs. Cette relation de confiance m’aide à tenir le coup. La confiance est essentielle pour responsabiliser les personnes, et, personnellement, j’essaie d’éviter le micro‑management. Les gens doivent se faire confiance à eux‑mêmes. La confiance en soi est fondamentale.Comment construire cette confiance?En évitant de se laisser trop influencer par les autres. Si vous ne savez pas, il faut écouter, mais aussi filtrer ce que les autres disent. Si vous avez analysé une situation, ne laissez pas les autres décider trop rapidement qu’ils savent mieux que vous.Cela dit, il est aussi très utile de se mettre à la place de l’autre. Souvent, les gens ne le font pas. Ils raisonnent depuis leur propre point de vue, alors qu’il faudrait vraiment se demander: si j’étais à sa place, avec toutes ses préoccupations, comment ferais‑je? Cela aide beaucoup.Qu’appréciez-vous le plus dans l’environnement de l’EPFL?Je trouve que le campus devient de plus en plus agréable: davantage d’arbres, davantage d’espaces verts. Je n’ai pas besoin de beaucoup plus.Ce qui manque, selon moi, ce sont des endroits où aller boire un verre ou manger le soir. Après 17 heures, presque tout est fermé sur le campus. Certes, il y a le Quartier Nord, mais là aussi, à 19 heures, beaucoup d’endroits sont déjà fermés. À part Satellite, il n’y a pas beaucoup de lieux conviviaux pour le personnel — ou pour des personnes de mon âge — avec, par exemple, une ambiance jazzy.C’est aussi important parce que les scientifiques n’ont pas toujours l’occasion d’échanger avec des collègues en dehors de leur domaine de recherche. Il faudrait une sorte de faculty club. Le nom peut paraître un peu trop exclusif, mais dans d’autres universités où cela existe, personne ne prend ça au sérieux. On pourrait l’appeler autrement, mais ce serait un bel endroit.Et qu’aimez-vous le plus dans l’atmosphère de l’EPFL?J’aime les étudiantes et étudiants, leur indépendance, leur originalité. Ils font des choses amusantes, organisent des festivals de musique et toutes sortes d'événements. L’autre jour, certains dansaient dans le bâtiment d’architecture. J’aime quand ils font leurs propres trucs.En matière de santé mentale, quel type de soutien l’EPFL devrait‑elle offrir?Je trouve que l’atmosphère à l’EPFL est très bonne; les gens semblent heureux et en bonne santé mentale, mais, bien sûr, on peut toujours faire mieux.Souvent, les difficultés proviennent de la pression que les gens se mettent eux‑mêmes, mais aussi du fait qu’ils ne sont pas toujours formés à la gestion d’équipe. À l’EPFL, il n’y a pas beaucoup d’obligations dans ce domaine. Peut‑être que des formations dédiées seraient utiles. Pas seulement deux heures par‑ci par‑là, mais quelques jours vraiment immersifs.Ce serait aussi formidable d’avoir davantage d’endroits où s’asseoir à l’extérieur sur le campus, avec plus de tables, plus de verdure, plus d’ombre. Et, espérons‑le, plus de personnes qui prennent le temps de déconnecter. Pour moi, c’est vraiment le point clé: ne pas être connecté. Laisser simplement ses pensées vagabonder.
«Ne pas être connecté en permanence est super important»
Responsable du Research Office, Jeroen van Hunen a un petit secret pour préserver sa santé mentale: faire de courtes promenades plusieurs fois par jour, seul et sans son téléphone. Il a aussi d’autres recettes, comme écouter très fort du Rachmaninov tout en construisant et réparant toutes sortes de choses.














