TANT D’ÉCRANS. Chaque semaine, « Le Point » explore les téléphones des Français. Ce jeudi, c’est Jean-Marc Leforestier, capitaine du « Don du Vent », qui raconte au « Point » comment la mer lui permet de mettre à distance son smartphone.Verdict : 51 minutes. C’est le peu de temps que passe chaque jour sur son téléphone Jean-Marc Leforestier, capitaine du bateau « Le Don du Vent » à Marseille. L’homme de 56 ans, qui possède un Samsung Galaxy A26 (avec, bien sûr, une coque de protection étanche), apprécie les moments en mer, loin de la terre, et de son smartphone.Capitaine de métier depuis plus d’un quart de siècle, Jean-Marc Leforestier est actuellement marin au cabotage – comprenez, sur de courtes distances –, après avoir effectué pendant plusieurs années des voyages au long cours. Dans cette dernière configuration, le téléphone portable est, confie le marin au Point, « off tout le long de la traversée, complètement éteint, et vous, vous êtes plongés dans une autre dimension ». Il le souligne : « Je pourrais y avoir accès via des réseaux satellite, mais je ne me pose même pas la question, ça ne m’intéresse pas ! »Même chose pour de plus courtes distances : « Certes, il peut y avoir une tendance à vouloir rallumer son téléphone quand on se rapproche des terres et des réseaux terriens, mais ce n’est pas immédiat, je recherche d’abord le calme. Le moment de la reconnexion a quelque chose d’important, de très solennel, presque sacré. »« Les Terriens ont tendance à me dire qu’ils n’ont pas assez de nouvelles de moi en mer ! »En mer, le smartphone du caboteur ne lui manque jamais, « ce sont même plutôt les Terriens qui ont tendance à me dire qu’ils n’ont pas assez de nouvelles de moi ! ». Pour lui, à bord, « la communication prend une dimension plus essentielle : les choses dites sont les choses qui ont besoin d’être dites. Et les subtilités restent au fond de soi, au fond de sa gorge ».Ex-adepte des Crosscall, ces téléphones étanches et résistants aux chocs, Jean-Marc Leforestier apprécie ces moments loin de son écran : « C’est vraiment le moyen de se dégager d’une potentielle addiction. » Surtout, « être sur son téléphone en mer perturberait la sérénité et le côté exclusif du moment que j’ai avec l’élément. » À la place, à bord, il embarque avec lui bon nombre de livres et de revues.« L’ambiance a diamétralement changé depuis que les écrans sont arrivés »Ce que l’équipage ne fait pas forcément. Le capitaine du « Don du Vent » le souligne : « Les écrans ont complètement changé la vie de l’équipage. » Pour les traversées, les marins embarquent, depuis une quinzaine d’années, tablettes et autres ordinateurs, sur lesquels ils ont téléchargé à l’avance des vidéos et des films, et qu’ils visionnent lorsqu’ils sont au repos… « Au lieu de discuter avec le reste de l’équipage, de jouer à des jeux de cartes, de prendre une guitare et de chanter tous ensemble ! »Jean-Marc Leforestier le regrette : « L’ambiance a diamétralement changé depuis que les écrans sont arrivés, et cela a impacté des instants qui étaient auparavant des moments de convivialité d’équipage. » Il souligne cependant que subsiste « un lien consubstantiel au métier qu’on fait : les marins sont suffisamment intelligents humainement pour savoir qu’il y a des façons de se déporter dans un groupe qui vit dans un espace clos et réduit, malgré le fait que les écrans aient perturbé un peu ça ».Outils à bordLe smartphone du capitaine lui permet d’avoir accès à certains outils utiles à la navigation : « Ces applications pointues sont arrivées très récemment. » Depuis quatre ans, il utilise, par exemple, Windy, une application de météo professionnelle, créée pour donner des prévisions détaillées, ainsi qu’une carte mondiale des vents en direct et des bulletins météorologiques locaux.Grâce à un abonnement payant, il note l’accès à « des cartes barométriques, des cartes de vent, c’est ça, c’est en fait la pression atmosphérique, le secteur de vent et la force du vent… C’est bien mieux que le bulletin de la météo marine de Météo France. » Il se sert, tout de même, des bulletins officiels de Météo France, et note aussi auprès du Point que les cartes papier restent obligatoires. « Mais le smartphone modifie tout de même la manière dont je travaille à bord, il faut le reconnaître ! »Jean-Marc Leforestier nous a ouvert son téléphoneQuelle est l’application que vous utilisez le plus ?WhatsApp, 18 minutes par jour, et que j’ouvre en moyenne 13 fois par jour !Si vous perdiez votre téléphone demain, qu’est-ce qui vous manquerait le plus dessus ?Tous mes contacts.Est-il en mode avion la nuit ?Oui, et je ne le consulte jamais le soir ou la nuit.Quand vous revenez d’une traversée, que faites-vous en premier ?En premier lieu, je consulte les SMS reçus, surtout ceux de mes proches, puis qui m’a téléphoné, qui m’a laissé des messages vocaux… Les mails arrivent plus tard.Team scrolling, ou pas ?Non ! J’ai tenté l’expérience, j’ai bien perçu le potentiel addictif de la chose très rapidement, et j’ai vite pris conscience que c’est une activité qui prend du temps sans apporter grand-chose de positif.J’avais tenté sur Facebook, où je m’étais inscrit par la force des choses, pour pouvoir consulter les notifications qu’on m’envoyait. En découvrant le scrolling, je me suis tout de suite dit que l’algorithme était bien fait : il m’a rapidement montré des bateaux, des voiliers, des vidéos de techniques de bricolage, des vidéos sur du matelotage amusantes…Sur quoi vous pouvez passer du temps sur votre smartphone ?Je regarde beaucoup de vidéos sur YouTube, notamment les reportages d’actualité d’Arte. J’aime bien passer du temps sur le site du Bureau de Recherches Géologiques et Minières, qui produit des cartes de l’état des nappes phréatiques en France. C’est un peu mon « feel good » à moi : lorsqu’il a plu et que les nappes sont pleines ou lorsqu’elles sont en voie de recharge, je suis heureux.Possédez-vous des jeux sur votre téléphone ?Aucun !Avez-vous le réflexe de regarder la météo, même sur la terre ferme ?Oui, complètement.Utilisez-vous votre téléphone à table ?Jamais.Et devant un film, une série ou un programme télévisé ?Non plus. Je ne l’utilise pas quand je suis à autre chose.Pour communiquer, plutôt notes vocales, appels ou messages écrits ?WhatsApp, car je trouve cela plus fluide qu’un simple SMS. J’ai l’impression – et ce n’est peut-être qu’une impression – que les messages parviennent à leurs destinataires plus rapidement, que les photos que l’on m’envoie sont de meilleure qualité… Le fait de pouvoir faire des groupes facilement m’a convaincu, aussi. Et j’aime bien les couleurs de WhatsApp.À qui était destiné votre dernier appel ?À un ami d’enfance.Quelle est la dernière photo prise ?La dernière photo que j’ai prise, c’est un groupe d’hirondelles qui était entré chez moi.​​Si vous aussi, vous souhaitez participer à « Tant d’écrans », le format du « Point » qui analyse les téléphones des Français, contactez Julie Malo via jmalo@lepoint.fr.