Dans ce troisième entretien de la série "Mind to Mind", on fait la connaissance de Zoé Noble, responsable prévention de l’Association générale des étudiantes et étudiants de l’EPFL (AGEPoly), pour parler de santé mentale, de stress et de ressources.Etudiante en Master à la Faculté des sciences de la vie, Zoé Noble a repris le pôle Prévention de l’AGEPoly au pied levé en début du semestre de printemps 2026. Elle y consacre une bonne partie de son temps, qu’elle a appris à gérer de mieux en mieux avec l’expérience.Pouvez-vous dire quelques mots sur votre parcours?J'ai grandi à Genève, et au moment de choisir une voie pour mes études, j’ai beaucoup hésité. Je m’étais même inscrite en fac de droit, et finalement j’ai fait une année sabbatique avant de me tourner vers l’EPFL. Je me suis décidée pour les sciences de la vie car j’aimais bien la bio, et je me souvenais d’une présentation, lors de la journée d’information des gymnasiens, où l’étudiant de Master engagé pour la donner parlait tellement bien et était super drôle. J'ai seulement découvert bien plus tard pourquoi j'étais au bon endroit, quand j'ai commencé à faire des cours d'immunologie. Au début, c'était plus compliqué, vu qu'on fait tout sauf de la bio en première année…Qu’est-ce qui vous a amenée à prendre le pôle Prévention de l’AGEPoly?En fait, vraiment par chance, car la personne qui s’en occupait au premier semestre est partie en stage. J’étais dans l’équipe Représentation de l’AGEPoly en deuxième année de Bachelor, puis je suis partie en échange à l’Université de Lund, en Suède, où je me suis engagée dans une association active sur des questions de santé sexuelle et d’intégration de la communauté queer et LGBT. Donc le comité de l’AGEPoly a pensé à moi pour reprendre la Prévention.Sur quoi est-ce que travaille la Prévention en ce moment?Là aussi, j'ai eu beaucoup de chance avec le timing, parce que depuis l'année passée, les deux responsables Prévention avant moi ont commencé un projet en collaboration avec le domaine Bien-être et inclusion de l’EPFL et l’association Polyquity pour lancer une formation qui sera proposée à tous les nouveaux étudiants et étudiantes de première année. Le but est de se focaliser sur la manière de réagir à des situations inacceptables, comment mieux collaborer dans un environnement très stressant comme les études d'ingénierie et plus tard les carrières d'ingénierie. C'était super intéressant de travailler avec l’EPFL pour élaborer ce contenu et réfléchir à la manière de bien communiquer autour d'un tel projet.Récemment, l’EPFL a lancé une autre initiative qui nous intègre aussi: c’est le Conseil Santé mentale, où l’on va discuter de toutes les initiatives qui existent dans ce domaine. C'est tellement génial de pouvoir faire partie de la discussion!Comment est-ce qu’on jongle entre des études aussi exigeantes et les responsabilités associatives?Déjà, j'ai commencé à utiliser un agenda électronique, et ça aide beaucoup de pouvoir bloquer dans la semaine tout le temps que je peux dédier au travail universitaire et au travail associatif. C’est un défi de trouver le temps pour faire les deux, mais ça apporte aussi beaucoup de compétences qu’on ne retrouve pas dans le cursus. La plus grande chose que j'ai perdue, c'est la spontanéité.Quand on me demande si j'ai une disponibilité dans la semaine, il faut que je vérifie et cela reporte souvent à la semaine d'après.Comment se manifeste le stress quand on est étudiante?En début de Bachelor, je pensais que j'étais toute seule avec mes problèmes. Je me disais: Comment est-ce que je vais y arriver ? Je me sentais un peu coincée, je ne savais pas trop comment avancer. Et plus j'étais dans cette boucle, plus je procrastinais, plus le problème s'empirait. La parfaite illustration, ce sont les séries d'exercices: on pense qu'on est la seule personne à ne pas y arriver et on repousse. Donc ça s'empire parce qu'on a moins de temps pour réviser pour les examens. Ce que j'ai vraiment appris de cette année-là, c'est qu'il faut juste chercher les ressources, parce qu'elles sont là, parce qu'on n'est jamais vraiment seul avec les problèmes qu'on a. Il y a les assistantes et les assistants, les personnes avec qui on travaille, ses amis ou d'autres personnes dans la classe en séance d'exercices. Il ne faut vraiment pas hésiter à demander de l'aide.Quel a été le déclic?Quand j’ai arrêté de me dire que tout le monde est beaucoup plus fort que moi et qu’on allait me juger. J'ai eu la chance de rencontrer des gens avec qui j'ai beaucoup révisé, et tout le monde est dans la même situation. Les personnes qui jugent quand quelqu’un ne comprend pas quelque chose du premier coup sont très rares.Et qu’en est-il du stress lié à l’engagement associatif?Je pense que c'est aussi lié à la procrastination, avoir l'impression qu'on n'a pas le temps de tout faire. L'associatif m'a appris que quand on a quelque chose à faire, il est beaucoup plus bénéfique de le faire le plus rapidement possible, au moins de le commencer ou de le séparer en petits morceaux pour se dire qu'on avance sur un projet. Parce que si on le laisse traîner, c'est de plus en plus dur.Quels sont vos moyens de vous ressourcer?Prendre des vraies pauses. Toujours en lien avec le jugement et la comparaison, je pensais auparavant que je travaillais moins que les autres simplement parce que je ne travaillais pas le soir. Mais pour moi, c'est impossible de réviser après 20 heures, même dès 19 heures parfois. Alors je fais autre chose: je lis, je prépare à manger, je range mon appartement, n’importe quoi d’autre.Est-ce qu'il y a quelque chose en particulier qui vous aide? Un lieu, une musique, un objet?J'ai toujours un livre avec moi. Même si mon sac est déjà lourd, je trouve toujours un moyen d’y mettre un livre parce que j'aime vraiment lire pendant les pauses, quand je travaille ou dans le métro. Il s’agit presque toujours de fiction contemporaine, centrée sur des histoires de vie quotidienne, et parfois aussi de science-fiction.Un conseil aux nouvelles arrivantes et nouveaux arrivants à l’EPFL? J'ai posé la question à quelques-uns de mes amis, et un conseil qui est souvent revenu, c’est d’essayer de travailler en groupe ou de trouver quelqu'un avec qui réviser. Cela aide vraiment d'avoir quelqu'un à qui poser des questions ou avec qui discuter des problèmes que vous n’arrivez pas à résoudre. Juste aussi pour se dire: «OK, on se retrouve demain à la bibliothèque à telle heure», car ça oblige à y aller. Un autre conseil, c'est de conserver un tout petit peu de vie sociale en première année, d'aller aux événements de coaching ou de mentorat, juste pour rencontrer d'autres personnes, discuter et se détendre un peu.Si vous pouviez changer quelque chose à l'EPFL, ce serait quoi?Il y a beaucoup de choses que j'aime à l'EPFL. On apprend une grande variété de matières, mais du coup on a aussi beaucoup de cours en même temps et ça va très vite. Donc je dirais qu’il faudrait revoir un peu le plan d'études pour laisser le temps aux étudiantes et étudiants de vraiment assimiler la matière.Et dans ces bonnes choses de l'EPFL, il y a quoi?Je trouve que ce qui est spécial à l’EPFL, par rapport aux autres universités suisses, c'est la présence des associations. Le fait que l'AGEPoly soit aussi active, que le Coaching soit aussi grand et qu’il y ait autant de diversité parmi les associations étudiantes, c’est génial. Il y en a vraiment pour tous les goûts. Ce serait très dommage que ces associations aient plus de mal à poursuivre leurs activités, parce que c'est vraiment ça qui permet aux étudiantes et étudiants de se changer les idées et de ne pas tout miser sur leurs propres forces. On est parfois définis uniquement par notre performance académique. Alors faire partie d'une asso étudiante ou pratiquer un sport à côté, ça permet de se diversifier. Comme ça, si on a une mauvaise note un jour, on ne se retrouve pas absolument détruit.