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Entretien« Je ne serais pas arrivée là si… » Chaque semaine, « Le Monde » interroge une personnalité sur un moment décisif de son existence. L’ancienne éducatrice pénitentiaire devenue journaliste revient sur les sources de son engagement.
La contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, dont le mandat s’achève le 15 octobre, nous reçoit dans son bureau de Montreuil (Seine-Saint-Denis), décoré de coupures de presse, de photos d’anonymes et de disparus… A 73 ans, l’ancienne éducatrice pénitentiaire devenue journaliste dénonce, depuis plus de trente ans, dans ses chroniques judiciaires, puis dans ses rapports documentés, le sort réservé aux enfermés, « opprimés d’une justice de classe », en prison, en hôpital psychiatrique ou en centre de rétention administrative. Dominique Simonnot nous raconte, avec humour et humeur, une vie consacrée à cet engagement.
Si mes parents ne m’avaient pas élevée dans la joie de vivre. Ils étaient marrants, fantasques, d’un milieu bourgeois qui se fichait des conventions. Mon père, Jean-Pierre, travaillait dans une banque, ma mère, Marie-José, faisait du collage d’art, elle portait des minijupes et conduisait un cabriolet. Nous vivions dans un grand appartement à Paris, près de la Seine, où il y avait table ouverte pour les amis. A l’adolescence, c’est devenu un squat avec les copains. On vidait le frigo à 3 heures du matin, on montait sur le toit sans garde-fou… J’ai vite mesuré ma chance : ce n’est pas donné à tout le monde d’être heureux de rentrer chez soi. Je me le suis dit à chaque fois au contact des détenus. Mes parents nous ont énormément aimées, mes deux sœurs et moi, et ça donne une force extraordinaire.









