Publié le 26/05/2026 22:33

Mis à jour le 27/05/2026 00:00

Temps de lecture : 3min - vidéo : 4min

Sans crier gare, la Chine s'est introduite massivement dans l'industrie de la tomate et de ses sauces, grâce, notamment, à une production abondante et des coûts très concurrentiels. Si les importations ont dégringolé dans certains pays d'Europe de l'ouest de peur de voir le secteur d'écrouler, la Chine fait encore affaire avec les pays du nord du Vieux Continent.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.En Italie, la sauce tomate, c'est une religion. La chef d'une trattoria romaine en utilise 20 kilos par jour au minimum, dans plus de sept recettes traditionnelles. "La tomate est partout dans notre cuisine. On a la sauce de l'amatriciana avec le lard, une sauce de tomates fraîches express ou encore les boulettes de viande. Chaque plat a sa sauce, sa cuisson et son type de tomate. Et bien sûr, sa propre saveur. La cuisine italienne n'est rien sans la tomate", affirme-t-elle.Ce symbole de la cuisine italienne par excellence a pourtant bien failli passer sous pavillon chinois. Lorsqu'en 2021, la Chine a décidé d'inonder le marché européen de ses tomates et concentrés. Prix cassés, main-d'œuvre beaucoup moins chère que l'on soupçonne d'être exploitée, la Chine s'est rapidement fait une place souvent dans le dos des consommateurs. En Italie, le premier scandale éclate en 2021. Quand les gendarmes saisissent de la sauce tomate dans un entrepôt de Toscane. Un quart ne vient pas d'Italie, contrairement à ce qu'indique leur étiquette. Trois ans plus tard, en 2024, la même entreprise est pointée du doigt, cette fois-ci par la BBC, qui trouve des bidons de concentrés de tomates venus du Xinjiang, province chinoise, où vit la minorité Ouïghour. Filmé en caméra cachée, l'un des dirigeants reconnaît qu'il a recours à la Chine. "Mais si vous êtes d'accord, nous pouvons trouver un moyen de produire au meilleur prix possible en utilisant des tomates chinoises, par exemple", dit-il.Cette année-là, la déferlante de tomates chinoises semble inéluctable. Mais l'Europe riposte. De peur de voir le secteur s'effondrer, l'alerte sur la tomate est lancée. Les professionnels se mobilisent et tentent de couper les ponts avec la Chine. En quelques mois, les importations en provenance de Chine dégringolent. Moins 67% en Europe et moins 76%, rien qu'en Italie. La production chinoise, qui s'était hissée en tête devant les États-Unis et l'Italie en 2024, chute brutalement. Face aux troubles jetés sur la filière, le roi de la tomate italienne, Mutti, tient à jouer la transparence et montrer qu'ici, on mise tout sur la qualité. Des tests sont réalisés toutes les heures. Et la production des sauces ne dure que deux mois par an, le temps de la saison locale de la tomate. Des standards de production exigeants qui, selon le patron de Mutti, ont permis de contrer l'offensive chinoise. "Nous avons pu constater que le consommateur savait reconnaître la qualité. Il a fini par dire : 'Je dépense un peu plus, mais je veux un produit qui soit vraiment bon. Je veux savoir d'où il vient et qui le fabrique'", détaille Francesco Mutti.Mais la quantité de concentrés chinois déversés sur l'Europe a laissé des traces, y compris en France. En novembre dernier, le journal 60 Millions de Consommateurs révélait que sur cinq concentrés de tomates, indiqués comme venant d'Italie, quatre contenaient des tomates sans doute plutôt originaires de Chine. Toutes les marques pointées du doigt affirment avoir été trompées par leurs fournisseurs. Par ailleurs, le prix de ces sauces chinoises, jusqu'à moitié moins cher, continue aussi de séduire les pays qui ne produisent pas de tomates. "Sur le marché de la distribution des produits pas chers, les Chinois ont trouvé une autre voie que l'Italie pour la pénétrer, c'est les pays du nord de l'Europe. Ce sont la Pologne, le Danemark, la Hollande et l'Allemagne qui fabriquent des ketchups ou des sauces alors qu'ils n'ont pas de champs", souligne André Bernard, producteur de tomates et président de l'interprofession de la tomate (Sonito). Et comme il s'agit de produits transformés, rien n'oblige les marques à indiquer la provenance de leur matière première. De quoi laissait encore longtemps le consommateur dans le flou.The World Processing Tomato Council (WPTC), organisation internationale qui représente l’industrie de la transformation de la tomate.BBCSonito, syndicat de l’interprofession de la tomateStatistiques des douanes européennes 202560 Millions de ConsommateursListe non exhaustive