Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Violences sexuelles Violences sexuelles Violences sexuelles Tribune Laurent Visier Sociologue Geneviève Zoïa Anthropologue Le sociologue Laurent Visier et l’anthropologue Geneviève Zoïa estiment, dans une tribune au « Monde », que ces affaires récentes découlent d’une séparation radicale et dommageable entre un espace scolaire considéré comme légitime et un espace périscolaire qui, à force d’être perçu comme accessoire, fait figure d’« angle mort de la vigilance éducative ». Publié aujourd’hui à 06h30 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés Les récentes révélations d’agressions sexuelles dans le périscolaire suscitent une émotion légitime et appellent des réponses administratives et judiciaires fermes. Pourtant, s’en tenir à l’indignation ponctuelle ou à la désignation des coupables directs, de leur entourage (ceux qui ont vu ou auraient dû voir) ou de leur ligne hiérarchique (les municipalités qui gèrent ces agents) masque une question structurelle. Tant que l’on n’interrogera pas la hiérarchisation morale qui organise la vie scolaire, ces faits resteront lus comme des dérapages plus ou moins isolés. Or, les agressions sexuelles dans le cadre du périscolaire ne sont pas seulement des dysfonctionnements ou le résultat d’une société qui va mal, mais la marque d’un ordonnancement hiérarchisé des missions de l’école. Alors que l’accueil du matin, la cantine, les activités du soir, les temps d’animation forment une partie décisive de la vie des enfants, ces temps et ces espaces demeurent ceux de la moindre reconnaissance, de la moindre visibilité, de la moindre exigence. Précarité des équipes, formation nulle ou inconsistante, contrôles insuffisants, responsabilités éclatées, séparation totale avec le monde des enseignants : les alertes accumulées montrent qu’il ne s’agit pas d’accidents. Quand, plus encore que beaucoup d’autres, l’école française sacralise le savoir, elle méprise simultanément les activités qui le rendent possible. Pourtant, accueillir, nourrir, encadrer et animer sont des gestes sociaux et politiques, pas des suppléments d’âme. Les enfants ne sont pas seulement des élèves, et c’est ce que, dramatiquement, nous découvrons ou feignons de découvrir à l’occasion de ces affaires. Prérogatives immenses L’actualité des agressions dans le périscolaire révèle une hiérarchie éducative implicite : l’organisation scolaire sacralise l’espace de la salle de classe, quand tout le reste (le réfectoire, les toilettes, la cour) est traité comme subalterne. Pour saisir ce contraste, il suffit de mettre en balance la profusion de discours, d’articles, d’ouvrages publiés à chaque rentrée sur les programmes, les disciplines, les évaluations et les résultats scolaires des petits Français, avec les (très rares) lignes consacrées, dans les programmes des élections municipales de mars, à l’action éducative des villes. Il vous reste 59% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.