En France, les plateformes de livraison de repas emploient un grand nombre d’immigrants sans-papiers, à l’instar de larges pans de l’économie du pays.Sur la rue La Fayette, à Paris, on les voit sans cesse aller et venir sur leurs vélos, avec d’énormes cubes bleus ou vert pastel sur le dos. Quand ils ne sont pas en train de pédaler vers un client ou vers un restaurant, ils se regroupent pour attendre, le regard anxieusement tourné vers leur téléphone.« Quand l’application ne sonne pas, on peut attendre très longtemps sans rien gagner », déplore Shahibur Rahman, un livreur à vélo rencontré par Le Devoir pendant qu’il attend sur son vélo. « La nuit, on attend un peu moins longtemps, donc on fait un peu plus d’argent », explique le vingtenaire, qui travaille toutes les nuits de 19 h à 5 h du matin. « Je ne prends pas souvent de congés », dit-il en soupirant.Arrivé il y a trois ans en France, Shahibur Rahman voudrait bien trouver un travail mieux rémunéré. Mais, comme des centaines de milliers d’autres immigrants à Paris, il n’a pas de titre de séjour et n’a donc pas le droit de travailler sur le territoire français. « Personne ne veut m’embaucher », explique le coursier, qui a très peu de temps pour chercher un autre travail de toute façon.« 99 % des livreurs sont nés à l’étranger »Selon un rapport de l’Institut national d’études démographiques (INED) paru le mois dernier, les deux tiers des milliers de coursiers travaillant pour des plateformes comme Uber ou Deliveroo en France seraient des sans-papiers. « Même en comptant ceux qui ont un titre de séjour, près de 99 % des livreurs sont nés à l’étranger. C’est plus que dans n’importe quel autre métier », explique Marwan Al-Quays Bousmah, économiste à l’INED.D’après l’étude, les livreurs gagnent en moyenne 1540 euros brut par mois (2470 $), soit 300 euros de moins que le salaire minimum, sans aucune retraite ni protection sociale, alors qu’ils travaillent en moyenne 63 heures par semaine.« La plupart des livreurs ont aussi des charges à payer », ajoute Marwan Bousmah. Pour les coursiers sans-papiers, en particulier, il faut trouver une personne prête à « louer » un compte Uber ou Deliveroo, la plupart du temps à prix fort. « Tous les deux ou trois jours, l’application me demande de faire une photo pour confirmer que je suis bien mon loueur », raconte Shahibur Rahman, qui doit alors se dépêcher de le rejoindre.« Chaque mois, je dois donner 40 % de ce que je gagne à mon loueur », explique pour sa part Monir, un livreur bengali venu se reposer sur la rue La Fayette. Comme la plupart des livreurs rencontrés par Le Devoir, il préfère taire son nom de famille, de crainte que son compte soit désactivé.