25 mai 2026 06:45Cet été, le céramiste Julien Capron signe une entrée à la galerie de design Passé Simple à Knokke. En attendant, cap sur Vallauris, capitale provençale de la céramique, où son illustre grand-père Roger Capron dirigeait un immense atelier.Dans le Sud de la France, impossible d’échapper aux céramiques de Roger Capron. Dès le week-end prochain, Cannes verra à nouveau défiler quantité de stars de cinéma devant son immense fresque en céramique, à la Gare Maritime. La piste de danse qu’il a imaginée pour l’hôtel Byblos, à Saint-Tropez, est égalemennt un chef-d’œuvre. Un peu plus loin, au Cheval Blanc, hôtel de luxe, une collection d’objets et de mobilier signés Roger Capron se retrouve disséminée dans les chambres, jusque dans le restaurant trois étoiles.À Vallauris aussi, grande place forte de la céramique sur la Côte d’Azur, Roger Capron a laissé d’innombrables traces. Au Musée Magnelli, ses pièces n’ont rien à envier à celles de Pablo Picasso, qui fut d’ailleurs un ami proche. C’est toutefois surtout dans le cœur des habitants que le nom Capron continue de vibrer. "Je ne les ai malheureusement pas connus, mais à l’époque de sa gloire, dans les années 1950, mon grand-père avait ici une énorme usine où pas moins de 120 personnes travaillaient. Beaucoup d’artistes célèbres venaient alors à Vallauris pour faire de la céramique", dévoile son petit-fils Julien Capron. "Je rencontre encore régulièrement des personnes qui ont travaillé pour lui. Ils me disent volontiers à quel point c’était un homme chaleureux. Plus artiste que directeur d’usine, du moins. Il travaillait dur. Le dimanche, quand tout le monde était à la plage, il restait à la maison à dessiner. Il ne s’arrêtait jamais."Après une carrière dans le secteur bancaire, Julien Capron a finalement trouvé sa véritable vocation dans l’argile, mû par "une force invisible".© Justin PaquayLire aussiMémoire collectiveEntre-temps, l’usine de céramique de Roger Capron (1922-2006) a disparu. Dans l’atelier de son grand-père, où Julien passait le plus clair de son temps, il a toutefois pu récupérer du matériel. Ces tampons et ces outils, il les conserve aujourd’hui comme des reliques d’une œuvre devenue légendaire. Il les utilise aussi au quotidien pour créer ses propres objets d’art en céramique: sculptures et tableaux XL."Mon grand-père était connu pour ses motifs graphiques et ses couleurs méditerranéennes. Je retravaille son vocabulaire à ma manière. Et j’y ajoute des éléments nouveaux. Regardez, l’héritage de mon grand-père n’est pas financier. Il tient au respect que lui portent tous les gens d’ici. Capron est ancré dans la mémoire collective de Vallauris. J’en suis très reconnaissant.""On me disait: on s’en fiche de ce que tu fais. J’ai dû repartir de zéro. Je fais comme tout le monde: je travaille d’arrache-pied."Le travail de Julien Capron -devenu céramiste- est lui aussi très recherché. On le connaît notamment pour ses tableaux de céramique colorés, ses vases, ses médaillons et ses sculptures, tous marqués par une esthétique méditerranéenne immédiatement identifiable. La boutique Fendi à Saint-Tropez, l’hôtel La Réserve Ramatuelle, l’hôtel JW Marriott à Cannes, l’Hôtel Casarose à Mandelieu-la-Napoule: ce ne sont là que quelques-uns des lieux où ses créations ont trouvé leur place. Sans compter les innombrables résidences privées, de Monaco à Los Angeles, pour lesquelles il a réalisé des tableaux de céramique ou des objets d’art sur mesure. Cet été, Julien Capron dévoilera, pour la toute première fois en Belgique au sein de la galerie Passé Simple, l’étendue de son travail.Dans son atelier de Vallauris, il s’emploie chaque jour à la réalisation de pièces uniques.© Justin PaquayPas de tapis rougeJulien Capron n’a pas commencé par la céramique, mais tout d’abord dans le milieu bancaire. Il s’est ensuite reconverti dans l’ébénisterie et se spécialise dans le sur-mesure pour yachts de luxe. "Mes parents voulaient que je fasse des études, mais je préférais travailler avec mes mains", confie-t-il. Une force invisible l’a ramené vers l’argile. "Mon grand-père est mort en 2006, mais ma grand-mère m’a accompagné pendant un an au démarrage. Je ne peux pas bien l’expliquer, mais je sais avec certitude que son énergie et son intuition sont dans mon sang."Julien Capron a évidemment bénéficié de son patronyme lorsqu’il s’est lancé dans le monde de la céramique. Ses débuts ont aussi pris la forme d’une quête: trouver une voix propre dans un univers qui avait profondément changé. "Les gens pensent qu’avec le nom Capron, c’est comme avoir un tapis rouge déroulé devant soi mais ce n’est pas le cas. J’ai dû repartir de zéro. Je dois faire comme tout le monde: travailler d’arrache-pied", admet-il, sobrement. "Les premières années ont été difficiles. J’ai frappé à la porte de plusieurs galeries, j’ai dû insister. Elles me disaient littéralement: "On s’en fiche de ce que tu fais"."Lire aussiRoger Capron (1922-2006) dans son atelier. Dans les années 1950, il y dirigeait un vaste atelier de céramique, fort de 120 employés.© Archives CapronAutre choix surprenant: Julien Capron signe ses œuvres de son propre nom. "C’est très volontaire, même si beaucoup de gens ont essayé de me faire comprendre que c’était une mauvaise idée", dit-il. "Je laisse ma propre empreinte. Je suis mon chemin, en toute indépendance."Entre contrôle et hasardDans sa manière de travailler, il avance avec davantage de prudence que son grand-père. "Je veux rester à petite échelle", lance-t-il. "J’ai aujourd’hui trois petits ateliers à Vallauris et je travaille avec un seul assistant: un homme plus âgé qui a travaillé pour mon grand-père. À l’époque de mon grand-père, les ateliers de céramique étaient organisés tout autrement qu’aujourd’hui. Chaque artisan avait sa spécialité, de l’émaillage au modelage et à la cuisson. En tant que céramiste, je dois désormais maîtriser toutes les étapes du processus moi-même. Et, en même temps, je suis entrepreneur: les factures et le loyer doivent être payés.""Je ne peux pas l’expliquer, mais je sais avec certitude que son énergie et son intuition sont dans mon sang."Autre différence avec son grand-père: Julien Capron ne réalise ni dessins ni croquis. "Dessiner freine ma spontanéité, parce que je recommence alors quinze fois. Je préfère travailler directement dans la matière", reconnaît-il.Cette méthode exige, d’un côté, une grande maîtrise technique; de l’autre, du ressenti et de la confiance. Julien Capron en a aujourd’hui suffisamment acquis pour l’assumer pleinement: "Chaque pièce est un équilibre fragile entre contrôle et hasard. Appliquer l’émail est un processus délicat. Le four est difficile à régler, à cause des écarts de température entre l’été et l’hiver. Les couleurs ne sortent jamais exactement comme on le souhaite. Les clients veulent pourtant des teintes aussi proches que possible. Cette incertitude est inhérente au matériau. Avec une approche par essais et erreurs, on finit heureusement par maîtriser le processus."© Justin PaquaySur le marché vintage, les tables basses, les vases et les tableaux de céramique décoratifs de Roger Capron sont très recherchés. Les créations de Julien atteignent déjà, elles aussi, sans difficulté des prix allant jusqu’à 20.000 euros. "Je n’avais rien de lui dans ma collection. Entre-temps, j’ai acheté quelques pièces pour pouvoir les transmettre à mes enfants, comme souvenir de lui. Moi, je prolonge l’énergie créative de mon grand-père, mais à ma manière. Capron n’est pas seulement un nom nostalgique, c’est une histoire en mouvement."Début août, la galerie de design Passé Simple (Zandstraat 18 à Knokke) présentera pour la première fois une exposition de Julien Capron.Lire plusLa nouvelle vie californienne d’une designer française dans une maison d’architecte iconiqueQuand un duo liégeois bouscule les codes de la céramique belge5 bruxellois nous ouvrent leurs espaces extérieurs, du balcon cosy au jardin d’un demi-hectare
Julien Capron : le petit-fils du maître céramiste Roger Capron perpétue la tradition familiale
Cet été, le céramiste Julien Capron signe une entrée à la galerie de design Passé Simple à Knokke. En attendant, cap sur Vallauris, capitale provençale de la céramique, où son illustre grand-père Roger Capron dirigeait un immense atelier.













