Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Société Société Société Chronique Philippe Bernard Editorialiste au « Monde » Insécurité à l’école, immigration, sentiment de déclin… La plupart des sujets brûlants du débat public ont été pris dans un tourbillon opposant la vérité objective aux vécus individuels. Ce décalage apparaît comme l’un des premiers carburants de l’extrême droite, estime, dans sa chronique, Philippe Bernard, éditorialiste au « Monde ». Publié aujourd’hui à 06h15 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés Tout a commencé par la météo voilà plus de vingt ans : aux traditionnelles prévisions de température se sont ajoutées celles des « températures ressenties ». L’idée, courante en Amérique du Nord, était que la vitesse du vent ou l’humidité modifiaient notre impression. Coefficients savants aidant, on a objectivé une observation individuelle. Nous ressentons un froid plus vif, une chaleur plus accablante que ne le prétend la hauteur du mercure dans le thermomètre. L’idée était tellement dans… l’air du temps qu’elle a essaimé dans tous les domaines, à commencer par la politique, l’économie, la société. Alors que de plus en plus de citoyens contestaient les données objectives, en particulier celles émanant des autorités publiques, tout le monde s’est mis à mesurer les « ressentis » : instituts de sondage, spécialistes du marketing et responsables politiques. Il s’agit d’« échapper à la dictature de la moyenne dans laquelle personne ne se reconnaît », explique Jean-Luc Tavernier, alors directeur général de l’Insee, dans une note de blog publiée en 2024, en décrivant les biais qui tendent à distinguer un taux d’inflation de sa perception : l’aisance financière, mais aussi la plus grande sensibilité aux hausses qu’aux baisses, aux prix affichés partout qu’à ceux des objets achetés rarement. D’où la mise au point d’un taux d’inflation modulable selon le panier de consommation de chacun. « La réflexion économique, (…) l’évaluation des politiques publiques ne peuvent pas faire l’impasse sur ce qui est ressenti par les ménages ou les entreprises », analyse-t-il. Tout simplement parce que « l’objectif ultime de la politique économique n’est pas une statistique, mais le bien-être des citoyens et électeurs ». Il vous reste 71.11% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
« La prééminence du “ressenti” sur la réalité fait le jeu des démagogues, la réponse passe par le dialogue et non par le mépris »
CHRONIQUE. Insécurité à l’école, immigration, sentiment de déclin… La plupart des sujets brûlants du débat public ont été pris dans un tourbillon opposant la vérité objective aux vécus individuels. Ce décalage apparaît comme l’un des premiers carburants de l’extrême droite, estime, dans sa chronique, Philippe Bernard, éditorialiste au « Monde ».
Philippe Bernard analyse dans Le Monde comment la primauté du "ressenti" sur les données objectives crédibilise les discours démagogiques. Face à ce décalage croissant entre faits et perceptions, il plaide pour le dialogue plutôt que le mépris.








