Publié le 23 mai 2026 à 20:43. / Modifié le 23 mai 2026 à 20:43.

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Aux derniers jours de sa vie, le poète jurassien disparu le 15 octobre 2024 composait un ultime livre qui paraît ces jours-ci de manière posthume. Voisard revenait sur un événement survenu à l’été 1937, alors qu’il était âgé de 6 ans. Il s’adresse dans ces pages à son père, Alexandre-Eugène Voisard, instituteur de Porrentruy, homme d’ordre avec lequel il connut une relation «tumultueuse». Un père qui portait le même prénom que lui et le rêvait à son image, instituteur, gradé à l’armée, et musicien… Et qui jamais ne lut les recueils de poèmes signés par son fils.

Carré de carottes

Un jour d’été 1937, l’enfant demande à son père, qui est en train de jardiner son potager et désherbe un carré de carottes, ce qui se trouve sous la surface de la Terre. Qu’est-ce qu’on peut bien y découvrir, si on creuse profondément, armé d’une pioche? Le père répond: «On ne va pas plus bas, on ne sait pas ce qui s’y passe, mais si on continuait à creuser, on finirait au cœur de la terre…» La métaphore frappe le petit garçon: «le cœur de la terre». Alors il désobéit. Il creuse dans la cour de la maison familiale, près du mur de la cuisine, et tombe sur «une forme flasque de la grosseur d’une bonne noix pleine», «quelque chose de brun-rouge et de chaud qui semblait battre comme une montre de poche».Le plus beau, dans cette histoire, c’est qu’on ignore la teneur du «cœur» en question: déchet, bulbe, ou objet extraordinaire? L’enfant voit, touche. Il a peur d’avoir commis un «sacrilège», porté atteinte «au cœur de la terre sacrée», d’encourir les foudres paternelles. L’émotion est si vive qu’il se croit condamné, comme si son propre cœur cessait de battre. Il se cache dans la cave. «Un jour d’été en 1937, je fus mort», écrit Alexandre Voisard.