« Sur les pavés de Paris », rue Montorgueil, 2022, Denis Boulze. DENIS BOULZE

I

l n’en peut plus de ne pas savoir dormir. Jamais il n’a eu accès à ça, au sommeil simple et au repos du corps et de l’esprit qui en émane. Mais, avec toute la meilleure volonté dont il dispose, cette nuit, comment peut-il dormir ? Alors que son enfant est né, quelques heures auparavant. Son fils est né quelque part dans la ville à 19 h 47 et il ne l’a pas encore rencontré. L’accouchement a été difficile, la mère, son amie chérie, a fini par subir une césarienne d’urgence, car le petit était mal positionné et son cœur commençait à fatiguer. A cette heure-ci, ils dorment dans une clinique située à l’autre bout de la ville.

Lui, père, donc. Lui, qui a été forcé de se transformer en simili-parent à 25 ans ; père et mère intérimaires de son frère et de sa sœur, parce que tous orphelins d’un coup à cause d’un accident absurde et brutal, comme n’importe lequel des accidents, emportant leurs deux parents d’un coup. Lui, le cadet, pas l’aîné, défiant les lois de la nature, prenant en charge les deux autres, plus fragiles. Parce que lui était le fort, le Lancelot, le seul capable de tenir tête au père et à l’existence.