Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement LAPI/Roger-Viollet Le Goût du Monde Le Goût du Monde Le Goût du Monde Créateurs & artisans de la mode Créateurs & artisans de la mode Créateurs & artisans de la mode Par Valentin Pérez Publié aujourd’hui à 06h00 Article réservé aux abonnés RécitLe journaliste et auteur Arnaud Nemet retrace le destin brisé de son arrière-grand-tante, Bella Ariel, célèbre mannequin des années 1930 à la trajectoire éclatante et tragique. Immigrée juive originaire de Constantinople, elle a été choisie en 1934 pour incarner la maison de la couturière Jeanne Lanvin, fleuron de l’élégance à la française. Arrêtée sur dénonciation le 21 juin 1943, elle a été déportée et assassinée à Auschwitz-Birkenau, à l’âge de 31 ans. « Bella Ariel ? Suis-nous ! » L’ordre fuse, ce matin du 21 juin 1943, au sein de la boutique parisienne Lanvin et cueille la mannequin qui pensait avoir, la veille, acheté son salut. La même scène s’était en effet produite le 20 juin dans son appartement du 8, rue de Varenne. Bella avait amadoué de son mieux l’inspecteur de police, Victor Arrighi, âgé lui aussi de 31 ans, qui aurait volontiers réglé l’affaire avec elle au lit. Juive turque vivant en France depuis 1924 sans jamais avoir été naturalisée française, elle a préféré lâcher plusieurs billets pour se débarrasser de ce fervent antisémite. Mais le revoilà. Cette fois, il la conduit au poste pour l’interroger. Au dépôt, quai de l’Horloge, où elle passe deux nuits, son registre d’écrou précise le motif de son arrestation. Il tient en un mot, le même terme qui recouvre, tamponné en rouge, sa carte d’identité depuis 1939 : « juive ». Deux jours plus tard, la jeune femme est transférée à Drancy. Dans ce camp d’internement dirigé d’une main de fer par les SS et où commence à régner le nazi Alois Brunner, elle est enregistrée sous le matricule 22247, interdite de correspondance et de colis. Le 18 juillet, elle est déportée vers Auschwitz-Birkenau, parmi les 1 000 personnes composant le convoi 57. « Puisqu’elle n’a été ni tatouée ni enregistrée comme main-d’œuvre de travail, tout laisse penser qu’elle a été gazée à son arrivée », suppose aujourd’hui Arnaud Nemet, son arrière-petit-neveu. Sourire franc et coupe à la garçonne Il vous reste 84.02% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.