Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement M le mag M le mag On ne l'avait pas vu venir On ne l'avait pas vu venir On ne l'avait pas vu venir Chronique Guillemette Faure Dans sa chronique, Guillemette Faure met en lumière les transformations invisibles de notre époque. Cette semaine, le livre de train, qui passe la majeure partie du voyage en évidence sur la tablette. Publié aujourd’hui à 10h00 Temps de Lecture 2 min. Article réservé aux abonnés On connaissait les livres de vacances, ceux qu’on emporte dans la valise, que l’on transfère sur la table de chevet, puis à nouveau dans la valise et qu’on rapporte chez soi à la fin de l’été, avec un marque-page bloqué à la page 11. Il existe désormais aussi les livres de train : des ouvrages qu’on tire de son sac au moment où le train des vacances se met en marche, avant de les poser sur la tablette, de sortir son téléphone, de regarder ses mails, quelques stories, la météo de sa destination, la météo du lieu des autres gens qu’on connaît et qui sont ailleurs, ce que font ces autres personnes qu’on connaît, et nous voilà arrivés. La lecture n’a pas avancé mais le livre a voyagé. C’est arrivé près de chez nous Le livre de train raconte surtout la personne qu’on aimerait être pendant le trajet : quelqu’un de calme, concentré, capable de profiter de trois heures sans notification, pour exercer une activité qui demande de l’attention. Le fait qu’on ne range pas l’ouvrage, même si on ne le lit pas, nous rappelle cette perspective. Et puis, à défaut d’être lu, le livre de train peut servir à amorcer la conversation avec son voisin, en parlant des circonstances de son acquisition (« Je voulais le lire depuis longtemps », « J’ai entendu son auteur sur France Inter. »). On mesure l’ampleur du phénomène en allant chercher un café à la voiture-bar : dans les wagons, les livres de train sont partout. Certains restent fermés pendant tout le trajet, comme des accessoires de décoration intérieure. D’autres sont ouverts de façon à caler le téléphone entre deux pages. Sans compter les voyageurs qui, assis dans un carré de quatre places, mettent un point d’honneur à déplier l’entièreté de la tablette pour y poser le livre. Il vous reste 53.68% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.