Culture LivresLivres : les choix de L'ExpressLivres. Avec son recueil de nouvelles, "Une table pour deux", l'auteur américain d'"Un gentleman à Moscou" régale une fois encore ses lecteurs, tous convertis à l'élégance de son humour.Publié le 22/05/2026 à 11:30L'écrivain Amor Towles à l'avant-première du film "Un gentleman à Moscou".Ron Adar / SOPA Images via ReuteContrairement aux Anglo-Saxons, les Français n’apprécient guère les nouvelles, souvent à tort, surtout quand il s’agit du recueil du facétieux Amor Towles, Une table pour deux (Flammarion, trad. de l'anglais par Nathalie Cunnington), guirlande de petits bijoux empreints de l’esprit unique, tout d’intelligence et de causticité, de l’auteur des Règles du jeu (2012) et d’Un gentleman à Moscou (2018). Le diplômé de Yale et de Stanford y brocarde allègrement la haute société new-yorkaise si familière à cet ex-financier de Wall Street. Certes, la première des nouvelles nous plonge dans le Moscou de 1918, ironique tableau des avancées du prolétariat avec ses tickets de rationnement et ses queues interminables, mais elle s’achève à Broadway, où nos deux protagonistes, le gentil Pouchkine et sa bolchévique épouse, Irina, débarquent en 1929. Les cinq nouvelles suivantes, toujours suffisamment longues pour ne pas nous laisser sur notre faim, plongent au cœur de la "Grosse Pomme", où Towles fait joyeusement se côtoyer naïfs et aigrefins. Fin du XXe siècle, un apprenti écrivain devient, involontairement, un faussaire – il produit des dédicaces de grands auteurs pour le compte d’un libraire collectionneur de livres anciens, la signature d’un auteur pouvant faire grimper jusqu’à 50 % le prix d’une première édition. C’est ainsi que Dos Passos, T.S. Eliot, Dashiell Hammett, John O’Hara, Ernest Hemingway, jusqu’à un Anna Karénine de Léon Tolstoï passent sous sa plume. Changement de décor, nous voilà en compagnie de passagers en rade pour cause de tempête de neige. Un consultant en stratégie politique et un charmant gentleman (mais totalement alcoolique) sympathisent et se retrouvent dans un grand hôtel new-yorkais. La note au bar sera salée… Une avocate féministe prend en filature son beau-père, soupçonné d’infidélité par sa mère, et découvre que le septuagénaire fait des prouesses en patin à roulettes sur des musiques endiablées ((son morceau de choix, Il Will Survive) dans Central Pak. Une révélation qui entraînera la désagrégation du couple maternel. Puis, un banquier de Goldman Sachs dénonce, pour le bien de l’institution, un vieil homme enregistrant un concert de Bach au Carnegie Hall. Enfin, un spécialiste de la Renaissance, ex de chez Sotheby’s, se fait berner par un collectionneur de DiDomenico … Quand les bons sentiments se terminent en catastrophes… Délectables !