Antonio Filosa sort l’artillerie lourde avec 60 milliards d’euros, des usines européennes ouvertes aux partenaires chinois, des marques triées sur le volet et une petite voiture électrique populaire… Les dix points chocs de son plan stratégique.Opération relance. Après une année 2025 catastrophique marquée par une perte nette de plus de 22 milliards d’euros, Antonio Filosa, directeur général de Stellantis depuis près d’un an, vient de dévoiler un plan de transformation radicale baptisé FaSTLAne 2030, avec à la clé 60 milliards d’euros d’investissements sur cinq ans pour relancer la croissance et la rentabilité du groupe.Ce plan repose sur six piliers : recentrage des marques, nouvelles plateformes mondiales, partenariats renforcés, optimisation industrielle, amélioration de l’exécution et responsabilisation accrue des régions.« FaSTLAne 2030 est le fruit de plusieurs mois de travail rigoureux mené à l’échelle de l’entreprise et est conçu pour générer une croissance rentable à long terme », affirme Antonio Filosa. Derrière cette feuille de route, on trouve la montée en puissance des alliances avec les constructeurs chinois, la réorganisation des 14 marques du groupe (Fiat, Chrysler, Jeep, Peugeot, Citroën, DS, Alfa Romeo, Maserati…), le lancement de la petite voiture électrique européenne et la refonte en profondeur de l’outil industriel. Tour d’horizon des 10 mesures phares.1. 60 milliards d’euros pour relancer StellantisLe cœur du plan Filosa tient dans un engagement financier massif : 60 milliards d’euros seront investis sur cinq ans. Sur ce total, 36 milliards seront consacrés aux marques et aux produits, et plus de 24 milliards aux plateformes, motorisations et technologies mondiales. Stellantis promet aussi 6 milliards d’euros de réductions de coûts annuelles d’ici à 2028 par rapport à 2025, via son programme interne de création de valeur.Après les années Carlos Tavares où le constructeur a atteint des marges opérationnelles de plus 12 %, l’objectif consiste à remettre le groupe sur une trajectoire de croissance rentable en accélérant les lancements, en rationalisant les dépenses et en concentrant les moyens sur les activités jugées les plus prometteuses.2. Quatre marques mondiales passent au premier planLe groupe aux 14 marques assume un recentrage plus net de son portefeuille. Il mise désormais prioritairement sur Jeep, Ram, Peugeot et Fiat, ses quatre marques mondiales au plus fort potentiel de volume et de rentabilité. Avec la branche utilitaire Pro One, elles capteront 70 % des investissements consacrés aux marques et aux produits.Les autres enseignes ne disparaissent pas pour autant. Elles changent de statut. Citroën, Opel, Alfa Romeo, Chrysler et Dodge sont traitées comme des marques régionales, tandis que DS et Lancia deviennent des marques de spécialité, pilotées respectivement par Citroën et Fiat. Maserati, de son côté, doit être relancée avec deux nouveaux modèles du segment E.3. Dongfeng et Rennes : un partenariat sensibleC’est l’un des volets les plus politiques du plan. Stellantis et son partenaire historique Dongfeng ont annoncé leur intention de créer une coentreprise européenne, détenue à 51 % par Stellantis et 49 % par Dongfeng, dédiée aux ventes, à la distribution, à la production, aux achats et à l’ingénierie. Cette structure doit notamment distribuer en Europe les modèles Voyah de Dongfeng. Les deux groupes envisagent la localisation de modèles électrifiés Dongfeng à Rennes, qui emploie 1 200 personnes et où est aujourd’hui fabriquée la Citroën C5 Aircross électrique, en conformité avec les futures exigences de production européenne.« Les projets annoncés aujourd’hui donnent une nouvelle dimension à notre coopération récemment renforcée avec Dongfeng », souligne Antonio Filosa. Le dossier est sensible en France car il touche à la souveraineté industrielle et à l’avenir du site breton. « Pour notre organisation, le maintien inconditionnel des salariés dans le giron de Stellantis et la protection des collectifs de travail constituent le socle non négociable de cet avenir commun », explique la CFE-CGC.4. Leapmotor, un autre chinois en EspagneRennes n’est pas un cas isolé. Stellantis entend également approfondir sa coopération avec le chinois Leapmotor, dont il détient 20 %. Le groupe prévoit de partager des capacités de production dans ses usines de Madrid et Saragosse, en Espagne, afin d’y assembler des véhicules répondant aux futures exigences du contenu « Made in Europe ».Il s’agit de réduire l’exposition aux droits de douane sur les modèles importés de Chine et d’améliorer la compétitivité des petits véhicules électriques vendus en Europe. Cette stratégie confirme la volonté de l’entreprise d’utiliser ses usines européennes comme base industrielle pour ses alliances chinoises.5. Une petite électrique européenneLe projet E-Car est l’une des annonces les plus concrètes du plan, s’inspirant des key-cars japonais, petites voitures abordables soumises à moins de contraintes réglementaires. Le groupe promet une petite voiture électrique abordable, destinée au marché européen, dont la production débutera en 2028 à Pomigliano d’Arco, en Italie, qui assemble actuellement des Alfa Romeo Tonale et des Fiat Pandina.Le groupe présente ce véhicule comme une réponse à l’effondrement de l’offre de petites voitures accessibles en Europe. « Les clients souhaitent le retour de petits véhicules élégants, fièrement produits en Europe, à la fois abordables et respectueux de l’environnement », affirme Antonio Filosa. Plusieurs marques du groupe doivent s’appuyer sur cette base technique commune. À ce stade, Stellantis ne donne toutefois ni prix officiel, ni autonomie, ni nom commercial des futurs modèles.6. Une 2 CV électrique à l’étudeL’information a soigneusement fuité dans la presse : le groupe envisage une réinterprétation électrique de la mythique Citroën 2 CV, dans le sillage du projet E-Car. L’idée consiste à suivre la tendance néorétro déjà exploitée par Renault avec la R5 et la R4 ou Fiat avec la 500 et la Panda.Lancée en 1948, la 2 CV originelle a incarné la France de l’après-guerre en transporter en pouvant à 60 km/h en vitesse de pointe. Sa dernière version a été assemblée au Portugal en 1990.7. Plus de 800 000 unités de capacité doivent disparaître en EuropeLe redressement passera aussi par une cure industrielle. Stellantis prévoit de réduire de plus de 800 000 unités sa capacité de production en Europe. Cette baisse doit être obtenue par la reconversion de certains sites, comme celle de Poissy déjà annoncée, et par le développement de partenariats industriels, notamment à Madrid, à Saragosse et à Rennes. Le groupe affirme vouloir préserver l’emploi industriel, mais annonce clairement une transformation profonde de son empreinte européenne.L’objectif est de faire remonter le taux d’utilisation des usines de 60 % à 80 % d’ici à 2030, un niveau jugé nécessaire pour restaurer durablement la rentabilité de ses opérations sur le Vieux Continent.8. Le développement des nouveaux modèles devra tomber à 24 moisStellantis veut aussi aller beaucoup plus vite. Le groupe se fixe pour objectif de rapporter ses délais de développement produit à 24 mois, contre jusqu’à 40 mois aujourd’hui. Cet engagement est central dans FaSTLAne 2030. Il s’agit de coller au rythme des constructeurs chinois comme BYD, Geely et Chery, et des acteurs les plus agiles du marché mondial.Cette accélération doit s’appuyer sur une meilleure exécution, la mutualisation des programmes et l’usage accru de l’intelligence artificielle, déjà déployée dans plus de 120 applications internes selon le groupe. Pour Stellantis, la bataille ne se joue plus seulement sur les coûts, mais aussi sur la vitesse de mise sur le marché.9. L’offensive technologiqueLe constructeur mise une part importante de son plan sur ses futures briques technologiques. D’ici à cinq ans, plus de 24 milliards d’euros seront investis dans les plateformes, motorisations et technologies mondiales, avec en première ligne la nouvelle architecture STLA One. Elle sera accompagnée de STLA Brain pour l’architecture électronique et logicielle, STLA SmartCockpit pour l’interface embarquée et STLA AutoDrive pour les fonctions de conduite automatisée. Le déploiement à grande échelle commencera en 2027.Stellantis entend aussi accélérer grâce à des partenariats avec Qualcomm, Nvidia, Mistral AI, Wayve, Applied Intuition, Uber ou encore le chinois Catl, afin de ne pas mener seul la course au véhicule défini par le logiciel.10. Une stratégie multi-énergieStellantis refuse le tout-électrique uniforme. À l’inverse de Carlos Tavares, Antonio Filosa revendique une stratégie multi-énergie, avec le maintien de nouvelles offres hybrides, électriques et thermiques à haut rendement selon les marchés et les usages. D’ici à 2030, près de 50 % des volumes annuels mondiaux doivent reposer sur des motorisations transrégionales. Cette flexibilité est présentée comme un avantage concurrentiel, alors que l’adoption du véhicule électrique reste inégale selon les pays. Pour Stellantis, la priorité est d’offrir du choix tout en réduisant les coûts et en s’adaptant aux contraintes réglementaires locales.C’est l’une des marques de fabrique du plan d’Antonio Filosa. Le patron de la maison mère de Peugeot et Citroën assume des arbitrages industriels et commerciaux drastiques sans idéologie affichée.
2 CV électrique, usines ouvertes aux Chinois… le grand tri de Stellantis, maison mère de Peugeot et Citroën
Antonio Filosa sort l’artillerie lourde avec 60 milliards d’euros, des usines européennes ouvertes aux partenaires chinois, des marques triées sur le volet et une petite voiture électrique populaire… Les dix points chocs de son plan stratégique.











