Jouer en néerlandais ? Rien d’impossible pour Julia Windischbauer, l’actrice autrichienne qui campe une inoubliable Etty Hillesum, dans la série réalisée par Hagai Levi. Julia Windischbauer. Photo Jérôme Bonnet pour Télérama Par Marjolaine Jarry Publié le 21 mai 2026 à 06h30 Si l’art du comédien est celui de la métamorphose, Julia Windischbauer a commencé par une version littérale du dogme. À 13 ans, elle bondissait sur scène, affublée d’un costume vert de sémillant batracien, avant de se transformer en jeune et beau prince, dans une adaptation du conte des frères Grimm Le Roi Grenouille. C’est à son grand-père, pilier de la troupe d’amateurs de sa paroisse, à Linz, dans le nord de l’Autriche, qu’elle doit cette première expérience de la scène. À lui aussi qu’elle pensera quand elle intégrera le mythique Burgtheater, à Vienne. « Il y avait passé une audition, à 18 ans, et il avait été pris. Mais le jour même, quand il est rentré chez lui, son épouse lui a annoncé qu’elle était enceinte. Ils étaient ouvriers et ils ont eu peur de l’incertitude financière que représentait ce métier… À moi, la gamine qui faisait un peu trop de bruit et qui ne cessait de fabriquer des histoires avec tout ce qui m’entourait, il a été le premier à me dire que je devrais devenir actrice. » Milieu modeste Dans le café parisien où nous la retrouvons, alors que l’on cherche à en savoir plus sur sa performance d’amphibien, elle quitte sa chaise pour mimer des sauts de grenouille sur le carrelage du bistrot. L’instant d’après, plus corsetée qu’une disciple de Mme de Rothschild, elle rembobine avec modestie la fulgurante ascension qui a été la sienne sur les planches, alors que ses parents, issus de milieux modestes, lui enjoignaient de suivre un parcours moins aventureux (avant de la soutenir mordicus). À la voir retomber en enfance avec une gaieté non feinte puis évoquer son parcours théâtral sur les plus prestigieuses scènes d’Autriche et d’Allemagne, on se dit que ce mélange de spontanéité enthousiaste et de rigueur endurante s’accorde avec les élans fougueux, mêlés d’une irréductible ténacité, qu’on peut entendre dans les pages du journal d’Etty Hillesum, à l’origine de la série Etty. À lire aussi : Hagai Levi : “Si étonnant que ce soit, ‘Etty’ charrie une forme d’espoir” « Ce n’est pas le genre de rôle qu’on peut faire surgir de rien, il fallait quelqu’un qui ait un peu d’Etty Hillesum en soi », confirme Hagai Levi. Le scénariste et réalisateur a découvert l’actrice sur la ligne d’arrivée du casting, après avoir longtemps cherché une comédienne néerlandaise pour incarner la jeune universitaire juive d’Amsterdam, qui écrivit, sous l’occupation nazie, ce texte foisonnant de pensées spirituelles, philosophiques et poétiques, capable de dire la dépression comme le désir et de revendiquer, malgré la persécution, la beauté du monde. Julia Windischbauer, elle, a lu le journal pour la première fois à l’occasion de l’audition — « un émerveillement et un chavirement », dit-elle. Une grande partie des Autrichiens soutenait le parti nazi, dont mes ancêtres. Restait un détail pour la comédienne autrichienne : parler néerlandais. « Je m’en sens capable », assume l’intéressée face au réalisateur qui lui pose la question. Quand on a choisi comme profil Instagram le surnom « Windischpower », on ne craint pas les défis — entre autres faits d’arme, Julia Windischbauer a incarné la reine Élisabeth Iʳᵉ sur scène et réalisé un long métrage, Callas, Darling. Six mois après les essais, elle joue en néerlandais et offre à l’écran son visage diaphane, son ardeur, cette clarté dénuée d’affèteries qui est aussi celle de son expression sans détours. Que ce soit au moment de s’engager, sans fausse modestie, à maîtriser une langue étrangère en un temps record (info à destination de la fiction hexagonale : elle s’initie désormais au français) ; de mettre sur la table, lors du tournage, ses doutes sur la relation entre Etty Hillesum et Julius Spier (Sebastian Koch), psychanalyste et néanmoins amant de la jeune femme ; ou quand il s’agit de répondre à nos questions sur le passé de sa famille : « Il n’y a pas eu de résistants. Une grande partie des Autrichiens soutenait le parti nazi, dont mes ancêtres. » À 29 ans, elle a l’âge auquel Etty Hillesum a été assassinée à Auschwitz, en 1943, après avoir volontairement rejoint le camp de Westerbork pour tenter de soutenir ceux qui y étaient internés. « Etty m’a changée, confie l’actrice. Depuis elle, j’ai repris contact avec beaucoup de gens pour demander pardon, ou faire la paix avec moi-même. » Face à l’effroi suscité par notre monde en guerre, la jeune comédienne convoque le refus affirmé de toute haine que contient le journal. « Bien sûr, la solidarité dont Etty fait preuve est exceptionnelle, mais cela commence par se mettre simplement à la place de l’autre. Je voudrais, comme elle, pouvoir dépasser la peur qui nous freine si souvent et toujours choisir l’empathie comme moteur de vie. » Etty, jeudi 28 mai, 20.55, Arte. Lire la critique “Etty”, la nouvelle série de Hagai Levi : la brillante adaptation du journal d’Etty Hillesum Séries Télévision Arte et Arte.tv Seconde guerre mondiale Séries israéliennes Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
“Depuis Etty, j’ai repris contact avec beaucoup de gens pour demander pardon, ou faire la paix avec moi-même”
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