Romain F. Dubois n’est pas du genre à demander la permission. Son projet de court métrage Skinny Bottines, systématiquement refusé par les organismes subventionnaires, « devait » se faire coûte que coûte, explique au Devoir le cinéaste montréalais dans la jeune trentaine.« Toutes ces tentatives de financement ont duré trois ans, et je sentais que la pulsion de faire le film allait me glisser entre les doigts. » Il a donc financé la production lui-même en puisant dans son portefeuille… de bitcoin. « C’était un peu un gamble », admet-il. Un pari que même ses espoirs les plus fous n’auraient pas osé formuler. En effet, Skinny Bottines n’a pas seulement été achevé — au terme d’une production guérilla s’étant étirée sur quelque deux années —, mais il s’impose aussi comme la seule et unique œuvre exclusivement canadienne présentée cette année au Festival de Cannes, tous volets confondus.La perspective de fouler le tapis rouge cannois un jour, Romain F. Dubois n’y a jamais pensé ; il ne se le permettait même pas en rêve. « Tant que le travail n’est pas fait », précise-t-il avec pragmatisme.
La bonne nouvelle est arrivée sans tambour ni trompette. En ouvrant sa boîte courriel un jour, il découvre un message ayant comme objet « Confidentiel » et indiquant, plus bas, « Heureux de vous accueillir ». La joyeuse missive provenait de la Semaine de la critique, section parallèle du Festival de Cannes, célèbre pépinière de cinéastes consacrée aux premiers et deuxièmes films.« Je suis tombé des nues, je ne comprenais pas », dit-il, semblant encore sous le choc à l’autre bout du fil. Une fois la surprise digérée, Romain F. Dubois a passé un coup de fil à ses producteurs, Guillaume Laurin et Antoine Rivard-Nolin, raconte-t-il. Après l’avoir chaleureusement félicité, ces derniers lui ont confié qu’ils savaient depuis un certain temps déjà que Skinny Bottines avait été présélectionné pour le prestigieux concours. Ils se sont toutefois bien gardés de lui en souffler mot, question de « protéger » leur ami d’une tempête d’émotions, on le devine, des plus anxiogènes.Présenté en première mondiale à la Semaine le 18 mai, Skinny Bottines concourra pour le prix Découverte, décerné à l’un des 10 courts et moyens métrages en compétition. Le cinéaste lauréat recevra également un prix en argent d’une valeur de 4000 euros.De révélation en révélation ?Skinny Bottines s’inscrit dans la longue lignée des coming-of-age movies, ces récits initiatiques de passage à l’âge adulte dont sont particulièrement friands nos voisins du Sud. Pensons à Superbad, The Perks of Being a Wallflower ou Rebel Without a Cause, référence absolue du genre.Le film d’une vingtaine de minutes se penche sur les mésaventures que vivent un pickpocket malhabile, endetté, manipulateur et mythomane, mais attachant dans sa fragilité, et son cousin adolescent qui apprend contre son gré l’art de la chaparderie, sans toutefois jamais perdre son irrésistible sourire fendant. Ce dernier est interprété par Aksel LeBlanc (Phénix), qui ressemble à s’y méprendre à un jeune Théodore Pellerin. Providence oblige, ce même Théodore Pellerin observera son sosie avec une attention toute particulière, puisqu’il fait partie de l’équipe du jury à la Semaine de la critique. Rappelons que le fort convoité acteur québécois avait obtenu l’an dernier le prix Révélation, dans cette même section parallèle du Festival de Cannes, pour son rôle d’introverti atteint d’un cancer dans le long métrage Nino. La belle histoire se répétera-t-elle pour le Théodore Pellerin 2.0 ?Plaisir et insolenceLa dynamique conflictuelle et intimiste entre les deux protagonistes de Skinny Bottines, ainsi que la facture des images tournées sur pellicule 16 mm — nous sommes l’hiver à Montréal, entre le Plateau et le centre-ville, avec en arrière-plan des lieux iconiques de l’urbanité de la métropole : la Rôtisserie Serrano, St-Viateur Bagel, L’Anneau mal-aimé… —, rappelle l’univers rugueux des films fondateurs du Nouvel Hollywood du début des années 1970, comme The Last Detail, Scarecrow ou Midnight Cowboy.












