Monde EuropeLa Russie de Vladimir PoutineGrand entretien. L’impérialisme russe ne repose pas sur le sentiment de nation, mais sur la conquête d'un "étranger proche" qui appartient toujours à la Russie historique. Une idée partagée par la population, selon ce chercheur en exil. Publié le 16/05/2026 à 07:45bookmarkVladimir Poutine au Kremlin, le 23 avril 2026.via REUTERSPour Vladimir Poutine, ce fut "la plus grande catastrophe géopolitique du siècle". L’effondrement de l’Union soviétique a marqué plusieurs générations et continue d’habiter l’imaginaire russe et occidental. D’où l’obsession du chef du Kremlin : rembobiner le fil de l’histoire pour restaurer cette "Russie historique", avec ses territoires pré-1991. L’un de ses conseillers a même osé l’année dernière dire que non, l’URSS n’était pas morte ! L’Ukraine est la dernière victime de ce révisionnisme historique, bombardée sans relâche depuis le 24 février 2022, sans qu’une majorité de Russes ne semblent s’en émouvoir. "Les Russes ont le virus impérial dans le sang", tranche l’économiste Vladislav Inozemtsev, classé "agent de l’étranger" par la justice russe en mai 2023. Pour ce chercheur, le scénario d’un nouveau démantèlement semble peu probable... D’autant que les Occidentaux n’y œuvrent d’aucune façon. Entretien. L'Express : Vladimir Poutine est dans la cinquième année de sa guerre contre l’Ukraine. Le 17 décembre dernier, il l’a présentée comme une croisade visant à enrayer le repli de la Russie post-soviétique. "Si la partie adverse et ses soutiens étrangers refusent d'engager des discussions de fond, la Russie libérera ses terres historiques par la force militaire", a-t-il affirmé. La Russie actuelle n’a-t-elle jamais cessé d’être un empire ? Vladislav Inozemtsev : Sans aucun doute. La Russie se compose d’un centre (ou métropole) et d’une périphérie que l’on pourrait qualifier de différents types de "colonies" au sens européen du terme (tel qu’il était compris aux XIXe et XXe siècles). Ces territoires ont, dans la plupart des cas, été conquis par la force des armes et peuplés par des colons venus de la métropole, dans une mesure plus ou moins grande selon l’époque à laquelle ils ont été rattachés à l’empire. La nature impériale de la Russie n’a été remise en cause ni par les politiciens ni par les universitaires, et très peu de choses ont changé, que ce soit après la révolution bolchevique ou à la suite de l’effondrement de l’Union soviétique.
Vladislav Inozemtsev : "Le peuple russe a le virus impérial dans le sang"
L’impérialisme russe ne repose pas sur le sentiment de nation, mais sur la conquête d'un "étranger proche" qui appartient toujours à la Russie historique. Une idée partagée par la population, selon ce chercheur en exil.









