Monde EuropeLa Russie de Vladimir PoutineGuerre en Ukraine. La censure massive sur Internet fait entrer la guerre dans les foyers, déjà victimes de la politique économique du Kremlin. La grogne monte au sein de la population et des élites pro-pouvoir. Publié le 29/04/2026 à 07:30bookmarkLe président russe Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg, le 27 avril 2026.Dmitri Lovetsky/Pool via REUTERSUne scène cocasse de printemps à Moscou. En pleine rue, un objet que l’on croyait remisé dans les greniers fait son grand retour. Ici et là, des Moscovites dégainent de leur sac un plan de la capitale. Un plan papier, encombrant et chiffonné, de ceux que l’on n’arrive jamais à replier. Un comble dans l’une des villes les plus digitalisées du monde ! Les 12 millions d’habitants de la métropole doivent ce retour au siècle dernier au Kremlin, qui a coupé début mars les robinets d’Internet et donc mis en rade tous les GPS, d’abord sans la moindre explication, puis en invoquant des raisons de "sécurité". Quatre ans après le début de "l’opération militaire spéciale" russe en Ukraine, Moscou est pour la première fois percutée par la guerre dans son quotidien. Pas par la mobilisation de ses fils au front, mais par ce black-out qui l’empêche de vivre comme si de rien n’était : plus moyen de payer par carte dans beaucoup d’enseignes, de commander son VTC sur l’application dédiée ou de régler sa place de parking en deux clics. La perte est sèche pour quantité de commerces, dans la capitale et le pays tout entier, touché par cet assaut sans précédent sur le Web. "88 % des transactions sur le marché de la consommation s’effectuent par carte bancaire, bien souvent grâce à des connexions mobiles, précise l’économiste Vladislav Inozemtsev. Aujourd’hui, les Russes font un grand bond en arrière. Pourquoi ? Simplement par la volonté de Poutine."Plus exactement du FSB, successeur du KGB, aux manettes de cette vaste opération de censure touchant l’accès à Internet, l’application de messagerie Telegram (autour de 100 millions d’utilisateurs mensuels en Russie) et les VPN, qui permettent de contourner les interdictions en sécurisant sa connexion Internet et en masquant sa localisation. "Les services de sécurité veulent créer un goulag numérique car ils considèrent Internet comme une menace, commente Alexander Kolyandr, chercheur non-résident au Centre d’analyse des politiques européennes. Mais cela crée des tensions énormes dans la société." Si l’épuration politique avait touché une minorité de la population, ce coup d’arrêt brutal affecte le grand public, du petit entrepreneur au fonctionnaire, de l’étudiant jusqu’aux enfants. "Les gamins ne veulent plus partir avec leurs parents dans les datchas [NDLR : les maisons de campagne] : sans connexion, ils ne savent pas quoi faire de leur journée", plaisante Inozemtsev, à qui un ami de Russie a récemment raconté cette anecdote.