Pour la première fois depuis 1948, Honda plonge dans le rouge. Plombé par un virage électrique raté et l’abandon de sa voiture avec Sony, le constructeur accuse une perte historique de 2,6 milliards de dollars.Le moteur rutilant de Honda s’est grippé. Le constructeur japonais de véhicules et de motos vient d’accuser sa première perte annuelle depuis sa création en 1948 et depuis son introduction en Bourse en 1957. Sur l’exercice clos fin mars, le groupe affiche ainsi une perte d’exploitation de 414 milliards de yens, soit environ 2,6 milliards de dollars, après un bénéfice de 1 200 milliards de yens un an plus tôt. Un basculement historique et brutal qui illustre les difficultés d’un secteur automobile pris dans une transition technologique incertaine.La raison de cette contre-performance ? Un pari industriel mal calibré sur le véhicule électrique. Honda a dû passer plus de 9 milliards de dollars de charges liées à la restructuration de cette activité, pour un total de 1 450 milliards de yens de pertes associées aux véhicules électriques sur l’exercice. Le groupe reconnaît avoir été surpris par un retournement de marché plus rapide et plus marqué qu’anticipé, en particulier aux États-Unis où la demande a ralenti sous l’effet d’un environnement réglementaire moins favorable et d’incitations à l’achat revues à la baisse par l’administration de Donald Trump, très pro-moteur thermique.Le fiasco de la « PlayStation Car »Cette erreur stratégique intervient alors que Honda avait choisi d’accélérer plus franchement que certains de ses concurrents japonais vers le tout-électrique. Là où Toyota avait maintenu une approche prudente en misant sur les hybrides, Honda a investi massivement dans une bascule rapide. Le retournement de la demande a rendu ces investissements en partie obsolètes, forçant le groupe à revoir ses ambitions et à annuler plusieurs projets, notamment une coopération avec Sony dans les véhicules électriques. Ce partenariat ambitieux visait à unir le savoir-faire industriel du constructeur avec l’expertise technologique du géant de l’électronique afin de concevoir une nouvelle gamme de voitures intelligentes. Les deux entreprises ambitionnaient de commercialiser des modèles haut de gamme misant sur le divertissement embarqué et une connectivité logicielle inédite. Inspiré d’un concept dévoilé au CES de Las Vegas et surnommé « PlayStation Car », le projet devait donner naissance à la berline Afeela. Positionnée face à Tesla et aux acteurs chinois comme BYD et Xiaomi, cette voiture devait être lancée en Californie avec un premier modèle vendu plus de 100 000 dollars, avant que le projet ne soit finalement abandonné et les clients remboursés.À la peine aux États-Unis et en ChineLe choc est d’autant plus rude que Honda souffre déjà d’un positionnement fragilisé sur ses principaux marchés, comme son compatriote Nissan. Aux États-Unis, le constructeur nippon manque de modèles hybrides pour capter une demande redevenue dynamique. En Chine, premier marché automobile mondial, il est distancé par les acteurs locaux de l’électrique, capables de proposer des véhicules plus compétitifs en prix et en technologie. Cette double faiblesse commerciale pèse lourdement sur ses volumes et ses marges.À ces difficultés structurelles s’ajoutent des facteurs externes défavorables. Les droits de douane américains imposés par Donald Trump ont renchéri le coût des véhicules exportés depuis le Japon, après une phase de surtaxe à 25 % sur l’automobile ramenée ensuite à 15 %. Les tensions géopolitiques et les perturbations des chaînes d’approvisionnement, notamment en semi-conducteurs, ont également accru la pression sur les coûts.Le juteux marché des motosHonda conserve néanmoins un atout majeur. Son activité de motocycles, qui représente moins d’un cinquième des ventes mais la majorité des profits, continue de soutenir les résultats. Près d’une moto sur trois vendue dans le monde porte le logo Honda. Cette rentabilité a longtemps permis de compenser les faiblesses de la branche automobile, au risque selon certains analystes de retarder les ajustements nécessaires.Montée en puissance des hybridesAujourd’hui, la direction du groupe nippon engage un recentrage stratégique. Honda mise désormais sur une montée en puissance des hybrides avec le lancement prévu de quinze nouveaux modèles d’ici à 2030, principalement en Amérique du Nord. Le groupe suspend en parallèle certains investissements dans les batteries électriques, notamment au Canada, et redirige ses ressources vers des technologies jugées plus immédiatement rentables.Honda table sur un retour aux bénéfices avec un objectif de 500 milliards de yens de résultat opérationnel pour l’exercice en cours. Cette prévision, nettement supérieure aux attentes du marché, repose sur des réductions de coûts, un redressement progressif de l’automobile et la solidité persistante des deux-roues.Le groupe vise un rétablissement de sa division automobile à horizon de trois ans, en se concentrant sur ses marchés clés que sont l’Amérique du Nord, le Japon et l’Inde. Reste que la crédibilité de ce scénario dépendra de la capacité de Honda à exécuter rapidement son virage stratégique face à une concurrence qui reste intense, notamment en Chine.