Parmi toutes les citations ponctuant Kaïros — et il y en a beaucoup —, une phrase de Goethe résume particulièrement bien le propos de ce second long métrage de fiction de Jennifer Alleyn : « Parler est un besoin, écouter est un art. »Cette maxime renvoie à la prémisse même du film : l’histoire d’un comédien désabusé, Manu (Emmanuel Schwartz), qui se retrouve animateur d’une tribune téléphonique sur la philosophie à la radio, la nuit. De retour d’un long séjour en Pologne, il se cherche d’abord du travail, mais peine à trouver satisfaction dans un métier qui semble ne lui offrir que de petits rôles. C’est alors qu’on lui propose d’animer cette émission qui, croit-il, lui permettra au moins d’assouvir sa passion pour la littérature. Mais c’est surtout le contact avec les auditeurs qui vient transformer son rapport aux autres et à lui-même. La plupart — nouveaux arrivants, artistes ou travailleurs de nuit — finissent par former une charmante communauté en ondes.Jennifer Alleyn perfectionne ainsi, elle aussi, son art de l’écoute avec ce récit. Depuis sa participation à La course destination monde (1988-1999), la réalisatrice s’intéresse en effet aux rencontres humaines, aux trajectoires marginales et aux expériences improbables. On peut penser à sa participation au film collectif Cosmos (1996) ou à son court métrage Svanok (L’appel) (2005). De même, Kaïros souligne l’importance de sortir de sa zone de confort, de s’ouvrir à l’altérité et à l’imprévu, de saisir le moment opportun — ce que son titre grec dit explicitement.
«Kaïros»: communauté des ondes
Portée par une réelle bienveillance, la mise en scène de Jennifer Alleyn soulève néanmoins quelques réserves.













