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Fanny Michaëlis
Intimités Intimités Intimités Ma vie après un AVC Ma vie après un AVC Ma vie après un AVC Par Isabelle Monnin Publié aujourd’hui à 18h00 Article réservé aux abonnés Chronique« Hémiplévie ». La journaliste et écrivaine Isabelle Monnin, victime d’un AVC en 2023, explique chaque semaine comment elle a apprivoisé cette nouvelle existence, avec un corps « à moitié fichu ». Pour cette dernière chronique, elle envoie bouler l’injonction à surmonter son handicap sourire aux lèvres, et revendique la rage. Se découvrir handicapée, se comprendre peu à peu durablement diminuée, c’est expérimenter les regards inquiets puis admiratifs de ses proches. C’est s’entendre dire pour la première fois qu’on est « une guerrière », mais c’est aussi ruser, filouter sans cesse, pour échapper à une créature visqueuse et gluante, qui vous regarde avec bienveillance et sourire penché dans un coin de toutes les pièces où vous vous aventurez : la résilience est là, qui m’attend avec son air de bonté infinie. SVP je ne veux pas être résiliente ! J’accepte le handicap mais je refuse la résilience. Protégez-m’en, aidez-moi à ne pas tomber et me vautrer dans ce bain où marinent injonctions au développement personnel un peu dégoûtantes et philosophie de comptoir à la gnagnagna. Lorsque j’ai perdu un enfant, âgé de six jours, on m’avait déjà fait le coup. Quel courage ! Elle perd son bébé et réussit à ne pas se suicider ! Bravo ! Saluons l’exploit ! Il y a un énorme malentendu : je refuse d’être la handicapée vaillante, la courageuse femme certes foutue, je ne consens pas au désastre, je ne m’y fais pas ! Je revendique le droit à la rage. Et, s’il m’arrive de sourire, certains jours, juste parce qu’il fait beau, ce n’est pas parce que ce qui ne me tue pas me rend plus forte, c’est juste une envie de sourire me traversant, saisie au vol. Dans son immense sagesse, Boris Cyrulnik me pardonnera, l’irrésilience est ma dernière liberté (et le signe que mon mauvais esprit est encore actif). En vérité, ce qui ne me tue pas me fatigue énormément, je suis juste une hémiplégique épuisée, rien d’exceptionnel ni d’admirable à cela. Croyez-moi, les épreuves de la vie sont dégueulasses, bien plus que fécondes en émouvantes renaissances. FIN Il vous reste 15.47% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.







