"Je ne peux pas nier que j’ai été impressionné, au fil du déploiement de cette histoire. Cela ajoutait un poids certain sur mes épaules. Cette maison est chargée d’une grande conscience culturelle. Elle a été tant de fois observée, admirée, commentée. Elle n’a jamais été un lieu neutre", reconnaît-il."L’avant-gardisme réside dans la retenue, dans le refus de performer dans une ville obsédée par le spectacle.""Quand je l’ai visitée pour la première fois, j’ai ressenti un cocktail d’ambition, de décadence silencieuse et de glamour sans complexe. Comme si l’on se promenait dans un décor de cinéma vide, en attente d’un nouveau dialogue."À l’époque, Nicolas Schuybroek juge l’architecture "très américaine", d’une certaine façon."Beaucoup de "bling-bling", peu de sens des proportions ou de la symétrie", tranche-t-il. "Une succession de petites pièces et de recoins, avec peu de cohérence. Il fallait une intervention en profondeur. Nous avons restructuré tous les étages, redessiné les cheminements, et ajouté un nouveau penthouse. Une extension délicate, car nous construisions dans une zone classée particulièrement sensible."Lire aussi© Adrian GautUn penthouse presque invisible1.000 mètres carrés, trois niveaux, plus un penthouse presque "invisible": l’ampleur de la mission reste exceptionnelle, même à l’échelle de New York. Que le client, un collectionneur d’art américain, ait choisi précisément Nicolas Schuybroek peut, de prime abord, surprendre. Mais cela ne rend évidemment pas justice au niveau international de l’architecture de Nicolas Schuybroek. "Dans certains cercles de collectionneurs, on aime aussi miser sur un nom inattendu, qui surprend", glisse-t-il, modestement.Son geste s’inscrit-il, lui aussi, avec humilité dans l’histoire du lieu? Et sur quelle couche travaille-t-il au juste? Nicolas Schuybroek voit son intervention comme une prolongation subtile du travail de François de Menil."Nous n’avons pas imité son langage, nous en avons respecté l’audace. Notre réponse est plus silencieuse, plus radicale." Plutôt que d’opter pour le "bling-bling" américain, Nicolas Schuybroek a introduit une sobriété européenne. Au premier étage, des œuvres majeures de Rashid Johnson.© Adrian GautPlutôt que de souligner le caractère domestique, Nicolas Schuybroek et son équipe imaginent la "townhouse" comme une séquence spatiale, presque cinématographique. Le plan ne se résume pas à une simple enfilade de pièces. Il dessine une chorégraphie intérieure: les espaces s’enchaînent par les matériaux et les émotions, plus que par les fonctions. Chaque étage devient un chapitre: un espace d’exposition public pour dîners, événements et expositions; des zones de réception semi-privées; puis, tout en haut, un penthouse intimiste.Si chorégraphie il y a, elle relève du pas de deux entre art et architecture. Les deux avancent ensemble, indissociables."L’art n’est jamais un accessoire, il a déterminé l’architecture de l’intérieur", insiste l’architecte. "La maison n’est pas un podium de trophées, mais un support d’émotions et de sens."Non pas du mobilier, mais de véritables "protagonistes spatiaux": des pièces de design de Jean Prouvé dialoguent avec l’architecture.© Adrian GautUn escalier sculpturalDans une ville aussi bruyante que New York, l’architecture de Nicolas Schuybroek est un murmure. Mieux encore: elle tient l’agitation à distance, sans hésiter. La rupture se joue dès l’entrée, dans le nouveau hall: une antichambre carrée inspirée de l’architecte italien Carlo Scarpa. "Un lieu qui filtre la ville, ralentit le tempo et aiguise les sens", décrit-il. "Les matériaux, les proportions et la lumière font le travail."Un matériau s’impose comme fil rouge: le travertin. Intemporel, tactile, monumental, il donne le ton à l’ensemble de la maison, dès l’escalier sculptural du rez-de-chaussée. Autre motif clé: des contrastes clair-obscur très marqués, perceptibles d’emblée."L’obscurité concentre le regard et crée de la convivialité. Elle affine la perception de l’espace. Non pas pour créer du drame mais pour installer la concentration", explique-t-il. Le suède et l’enduit à la chaux, matériaux tactiles par excellence, accentuent encore l’effet "psychologique" de refuge que procurent ces cocons sombres.Pour ce bâtiment mythique à New York City, l’architecte belge Nicolas Schuybroek a fait le choix d’un "anti-spectaculaire" radical.© Adrian Gaut"Lorsque j’ai visité cette maison pour la première fois, j’ai ressenti un mélange d’ambition, de décadence feutrée et de glamour assumé."Le premier étage s’apparente davantage à un espace de vie sobre, où l’art et le design tiennent un rôle structurant. Au centre: une série d’œuvres monumentales de l’artiste américain Rashid Johnson, dont le propriétaire compte parmi les premiers collectionneurs. Quant aux pièces sculpturales de Jean Royère, Jean Prouvé et Pierre Paulin, Nicolas Schuybroek refuse d’y voir un simple "mobilier poliment posé" dans un intérieur. Il parle de "protagonistes spatiaux" en dialogue avec l’architecture.Lire aussi© Adrian GautL’anti-spectaclePlus on monte, plus l’architecture se fait intimiste et contemplative. C’est particulièrement flagrant dans le tout nouveau "penthouse", extension verticale du bâtiment historique. Même si "net" n’est pas forcément le mot le plus juste pour qualifier Nicolas Schuybroek. Sa force tient à une signature contenue, et c’est précisément ce retrait qui rend le projet si affirmé, surtout à New York."J’ai pris le risque de rendre quelque chose volontairement silencieux. Quelque chose de suffisamment sûr de soi pour ne pas devoir crier. L’avant-gardisme se trouve dans cette retenue", explique-t-il. "Dans le refus de performer, dans une ville tellement obsédée par le spectacle." Et c’est précisément ce qui rend l’ensemble d’autant plus spectaculaire.Pour cette demeure mythique à New York, l’architecte belge Nicolas Schuybroek signe un projet "anti-spectacle" radical: le luxe se loge dans la justesse des proportions et dans une lenteur assumée.Lire plusDesign Week de Milan 2026: les 3 créatrices ancrées en Belgique à suivreVisite d’une résidence mythique : la Sheats-Goldstein House à Beverly HillsInstaller une cuisine dans son jardin en Belgique, une fausse bonne idée?