14 mai 2026 06:45Dans un immeuble du XVIIIᵉ siècle, Sophie Dries a métamorphosé un triplex-penthouse en un décor sensuel, pensé pour accueillir 300 œuvres majeures, de Pablo Picasso à Laure Prouvost.La missionQuand leurs trois enfants ont quitté le nid, un couple de collectionneurs parisiens a envisagé de vendre son triplex-penthouse, à deux pas des Tuileries. "Mais impossible de trouver mieux. Surtout avec des terrasses aussi vastes. Mes clients ont donc choisi de tout rénover", explique Sophie Dries. Le bien se situe dans un immeuble historique du XVIIIᵉ siècle et l’architecte d’intérieur ne boude pas son plaisir: elle travaille presque exclusivement pour des collectionneurs. "En ce moment, je rénove une maison de 430m² près de la tour Eiffel pour des collectionneurs dont le répertoire est de qualité muséale", confie-t-elle. "Je me rends dans beaucoup de galeries et, grâce à ma formation à l’École du Louvre, j’ai développé un vaste réseau dans le monde de l’art. Même mes clients plus jeunes viennent de ce milieu." L’architecte d’intérieur parisienne Sophie Dries: "Je ne réduis absolument pas l’art à une décoration. Je ne ferai jamais correspondre une œuvre au canapé."© Florian ThouzetLa collectionLes propriétaires constituent depuis trente ans une collection d’environ 300 œuvres, où l’on croise notamment des réalisations de Pablo Picasso, Jannis Kounellis ou encore Marc Leschelier. "Ils sont actifs dans l’immobilier, mais siègent aussi au conseil d’administration de plusieurs institutions culturelles parisiennes. Ils ont également été parmi les premiers à repérer Claire Tabouret: l’artiste française qui expose actuellement en solo au Museum Voorlinden, à Wassenaar, aux Pays-Bas, et à qui l’on a confié la création des nouveaux vitraux de Notre-Dame, à Paris", précise Sophie Dries. "Une seule œuvre contemporaine a été créée spécialement pour leur logement: une tapisserie murale de Laure Prouvost, destinée à la niche semi-circulaire. Celle-là restera en place. En tant qu’architecte d’intérieur, je crée avant tout des zones pour accrocher l’art et le fait que les œuvres changent ne me pose aucun problème. Je ne réduis absolument pas l’art à une décoration et je ne ferai jamais correspondre une œuvre au canapé. Une collection, je la considère avant tout comme le portrait de ceux qui la constituent."Lire aussiSeul vestige de l’intérieur d’origine: la cheminée sculpturale de l’artiste grec Philolaos Tloupas.© Florian ThouzetL’approcheAu fil du temps, les propriétaires avaient racheté des étages. La surface avait donc augmenté mais au prix d’un plan devenu brouillon. "Le bâtiment était découpé en une multitude de pièces. La circulation était complexe, avec toutes sortes de petits escaliers", explique-t-elle. Un nouvel escalier central remet aujourd’hui de l’ordre et clarifie les parcours. Au dernier étage, un espace de réception réunit cuisine et coin salon. L’étage intermédiaire est réservé aux invités. Le niveau inférieur accueille la suite, avec la chambre principale et le dressing. "Il y a aussi un ascenseur, puisque les habitants sont déjà un peu âgés", ajoute-t-elle.Les collectionneurs comptaient parmi les premiers admirateurs des portraits de Claire Tabouret, actuellement à l’affiche d’une exposition personnelle au Museum Voorlinden.© Christophe CoënonDepuis cette rénovation totale, le triplex autrefois fragmenté se lit d’un seul regard: plus logique, plus lisible. Les formes rondes apportent une sensualité nouvelle. Les nouveaux axes de vue cadrent à la fois la ville de Paris et les pièces majeures de la collection.Sophie Dries a introduit des formes rondes pour apporter calme et douceur dans ces grands espaces. Le tabouret en béton est signé Marc Lechelier.© Christophe CoënonLe défiLe nouveau plan du penthouse compte bien moins de murs qu’avant les travaux, il a donc fallu trier parmi les 300 œuvres. "Je ne connais évidemment pas l’ensemble des artistes, cela a demandé du travail et des recherches", explique-t-elle. "Je n’ai pas eu carte blanche pour choisir dans la collection; tout s’est fait en dialogue avec les collectionneurs. En revanche, je tenais à composer des ensembles intéressants, des œuvres qui se répondent sur le fond."Lire aussi© Christophe Coënon"Plutôt que de déménager, mes clients ont choisi de transformer en profondeur leur triplex au sein de cet immeuble historique du XVIIIe siècle."Sophie DriesLa surprise"Le seul élément conservé de l’intérieur d’origine, c’est la cheminée: une œuvre que l’artiste grec Philolaos Tloupas a créée spécialement pour cet endroit il y a trente ans", raconte-t-elle. "C’est autour d’elle que nous avons aménagé le coin salon au dernier étage."Le dernier niveau est aménagé en espace de réception, où la cuisine et le salon occupent une position centrale. Sophie Dries y a elle-même dessiné la table à manger.© Christophe CoënonL’aménagementSophie Dries est aussi designer de mobilier, et cela se sent: pour cet appartement, elle a notamment dessiné le lustre, la table de salle à manger et un canapé. "Les propriétaires possédaient déjà plusieurs pièces importantes, dont une commode en bronze de Garouste & Bonetti et une table basse de Wonmin Park. Nous les avons intégrées." Se considère-t-elle comme une artiste? "J’ai énormément de respect pour les artistes mais je ne me considère pas comme telle. En architecture d’intérieur, nous rendons un service, nous ne créons pas une œuvre d’art." Lire plusDécouvrez une maison à la mer qui semble défier les lois de la physiqueLa nouvelle génération d’hôtels grecs mise sur un luxe absolu : nos 3 coups de cœurJacques Dupuis (1914-1984), l’architecte belge le plus méconnu ?
À Paris, ce triplex-penthouse près des Tuileries rénové pour sublimer une collection d’art
Dans un immeuble du XVIIIᵉ siècle, Sophie Dries a métamorphosé un triplex-penthouse en un décor sensuel, pensé pour accueillir 300 œuvres majeures, de Pablo Picasso à Laure Prouvost.






