Thierry Chopin est politiste, professeur associé à Sorbonne Université et professeur invité au Collège d’Europe à Bruges (Belgique). Spécialiste des questions européennes, il a notamment dirigé le rapport Une Europe pour aujourd’hui et pour demain. Souveraineté, solidarités, identité commune (La Documentation française, 2022).
Selon toute vraisemblance, François Bayrou n’obtiendra pas la confiance de l’Assemblée nationale, lundi 8 septembre : il sera alors le quatrième premier ministre à quitter Matignon en un peu plus de trois ans. Une telle instabilité gouvernementale existe-t-elle ailleurs en Europe ?
Ce n’est pas une exception en Europe, bien que cette instabilité soit inédite en France sous la Ve République. Depuis le début des années 2000, on observe deux dynamiques politiques structurantes au niveau européen : la montée des populismes, en particulier d’extrême droite, qui détiennent désormais plus de 30 % des sièges dans les Parlements nationaux des Etats membres de l’Union européenne (UE), contre moins de 10 % il y a vingt-cinq ans ; et la fragmentation croissante de la scène partisane. A l’échelle des vingt-cinq dernières années, le nombre de partis a augmenté dans 17 des 27 Etats membres, les pays où la fragmentation a reculé étant principalement ceux d’Europe centrale ainsi que l’Italie. Cette fragmentation conduit souvent à des gouvernements dont la cohésion interne est moins forte et qui sont donc moins stables : la part des gouvernements européens composés de trois partis ou plus est passée de 30 % à 60 % en l’espace de deux décennies.









