JEAN-MICHEL TIXIER POUR M LE MAGAZINE DU MONDE
S
i les velléités annexionnistes de Donald Trump sur le Canada ont récemment mis le pays en lumière, cela fait une éternité que les Etats-Unis assument à l’égard de leur voisin du Nord un mépris crasse. Ce dernier est même si généralisé qu’il s’exprime jusque dans la langue courante. Ainsi, pour qualifier toute tenue associant un pantalon en denim à une veste en denim, les Etats-uniens utilisent l’expression Canadian tuxedo (« smoking canadien »), laissant entendre que ces pauvres hères n’ont pas la même exigence, en matière d’élégance, que le reste du monde civilisé.
L’ironie, ici, est double. Il convient d’abord de rappeler que les Canadiens n’ont strictement rien à voir avec l’apparition du smoking qui porte leur nom. Selon les historiens, c’est l’acteur et chanteur Bing Crosby qui inaugura le style, un soir de 1951, en se présentant devant la porte d’un hôtel de Vancouver paré d’un costume entièrement taillé dans du denim. La mise était si détonnante qu’on lui refusa d’ailleurs l’accès de l’établissement.
Dans un second temps, il s’impose ici de réhabiliter le smoking canadien dans son intégrité. En effet, si le denim, pensé pour l’effort, ne sera jamais matière à mondanités, il n’y a rien d’infamant à se parer simultanément de deux pièces en toile de coton dès lors que l’on évite de porter une veste ou un jean faussement patinés ou gorgés d’élasthanne. De même, marier une pièce de denim noir à une pièce de denim bleu est une sombre idée qui ne devra même pas faire l’objet d’un essayage à la maison.






