L’avocat général, Stéphane Kellenberger, devant la cour criminelle du Morbihan, à Vannes, le 15 mai 2025. SERGIO AQUINDO POUR « LE MONDE »

En trois mois d’audience, Joël Le Scouarnec a gagné un surnom, donné par certaines parties civiles : l’inventeur en France du crime sexuel de masse. « Aux Etats-Unis, où les peines ne se confondent pas, il encourrait 4 111 années de prison, qui seraient ramenées à 2 000 avec les réductions de peine », a calculé l’avocat général, Stéphane Kellenberger, dans son réquisitoire, vendredi 23 mai, devant la cour criminelle du Morbihan.

Puis, laissant passer un silence qui ressemblait à un soupir, le magistrat a poursuivi : « Mais nous sommes en France et je ne suis pas le législateur. » Vingt ans de réclusion criminelle ont donc été requis contre l’ex-chirurgien, la peine maximale pour ces faits. Joël Le Scouarnec, 74 ans, avait reconnu l’intégralité des 111 viols et 188 agressions sexuelles commis de 1989 à 2014 sur 299 victimes, dont 256 ayant moins de 15 ans.

« Le diable s’habille aussi en blouse blanche », a lancé l’avocat général. Soulignant une opinion publique très remontée et « un risque de récidive élevé » selon les quatre experts entendus, Stéphane Kellenberger a proposé à la cour de durcir la sanction avec tout l’éventail, ou presque, des mesures pénales prévues par le code : période de sûreté aux deux tiers de la peine, vingt ans de contrôle judiciaire sévère, comprenant notamment l’interdiction de séjour dans le Grand-Ouest et l’Ile-de-France (où la plupart des abus ont été commis). Le magistrat a encore rajouté la possibilité d’une rétention de sûreté, ce dispositif controversé et exceptionnel, qui consiste à placer en centre médico-social fermé un détenu ayant purgé sa peine, mais jugé dangereux par une commission spéciale. C’est un des points sur lesquels le verdict sera très attendu le 28 mai.