Alessandro Michele (à gauche) et Emmanuele Coccia, en 2025. FABIO LOVINO

« La Vie des formes. Philosophie du réenchantement » (La vita delle forme : filosofia del reincanto), d’Emanuele Coccia et Alessandro Michele, traduit de l’italien par Renaud Temperini, Flammarion, 248 p., 28 €.

LA MODE À LA PLACE DE LA PHILOSOPHIE ?

Ici, les vêtements – jugés éphémères, futiles, inessentiels, par un regard traditionnel. Ailleurs, les idées, concepts, distinctions et arguments, jugés cruciaux et durables. Entre mode et philosophie, l’écart semble ancien et profond. Socrate, dans Gorgias, rejette l’artifice du costume, capable de faire paraître beau un corps qui en vérité ne l’est pas. Une longue tradition intellectuelle considère ainsi les oripeaux dont on s’affuble comme apparence trompeuse, semblant méprisable ou négligeable. Soutenir que la mode constitue une activité philosophique à part entière paraîtra alors purement et simplement incongru.

Les auteurs de La Vie des formes sont désireux de rompre avec ce vieux monde, et le proclament de manière éclatante, voire excessive. Ils dénoncent avec ardeur ces aveuglements anciens. La mode, selon eux, est art à part entière, pensée effective, authentique et libératrice. Ils en font même la seule révolution réussie des temps modernes, n’hésitent pas à la présenter comme une nouvelle voie de salut – ludique, immanente, sans limites. Ils la proclament pensée ultime, à la fois créatrice et palpable. Bref, ce serait une philosophie comme il n’en fut jamais.