« L’Invention de la mer », de Laure Limongi, Le Tripode, 240 p., 20 €.

Baroque et futuriste, le nouveau roman de Laure Limongi, L’Invention de la mer, fait littéralement plonger ses lecteurs dans un océan de paroles. Autrice familière d’immersions en tout genre – elle a notamment publié Le Travail de la rivière (Dissonances, 2009), Anomalie des zones profondes du cerveau et On ne peut pas tenir la mer entre ses mains (Grasset, 2015 et 2019) –, Limongi poursuit son aventure en eau profonde dans un texte qui tient autant du roman que de l’essai, irrigué par une puissante langue poétique.

Lorsque cette histoire commence, nous sommes en 2123. Après de multiples épidémies et catastrophes naturelles, la planète est devenue invivable aux humains. Pour survivre et échapper à la montée des eaux océaniques, ils ont été contraints de muter. Ils sont devenus d’étranges créatures hybrides : des chimères aquatiques, à l’image la narratrice du récit, Violeta Benedetti-Ogundipe, journaliste littéraire mi-poulpe, mi-humaine, qui informe les « obsohumains » que nous sommes de la future métamorphose du monde.

Ce personnage lettré, comme Laure Limongi, a un goût immodéré « pour l’élaboration de la pensée et les formes artistiques ». Dans cette fiction aux accents borgésiens, elle deviendra notre guide pour entrer dans la tête de deux créatures chimériques, en donnant à lire leurs productions littéraires, qu’elle traduit et commente dans notre langue. Il s’agit de Gina de Galène, une femme-cachalot hantée par la mémoire des tortures infligées à sa lignée, et de Ménippe Zahlé, un crabe humanisé, poète et mercenaire, rescapé des prisons du monde d’avant.