L’écrivaine suisse Léonie Adrover, à Develier (canton du Jura), en 2024. VINCENT MULLER/OPALE.PHOTO

« Passage du soir », de Léonie Adrover, Seuil, « Fiction & Cie », 224 p., 19,50 €, numérique 14 €.

C’est toujours une émotion, quand on découvre le premier roman d’un auteur dont on ne sait à peu près rien : quelle est cette voix qui nous parle ? Ses inflexions auront-elles à notre destination assez de justesse pour nous emporter jusqu’au terme du récit ? On se pose ces questions, banales sans doute, mais vives, à la lecture de Passage du soir, de Léonie Adrover, dont on apprend qu’elle est suisse et journaliste, mais dont on devine surtout, aux premières pages de son livre, qu’on risque de l’aimer. Sa prose est précise, presque un peu maladroite dans son souci d’exposition, mais elle a dès l’abord, dans la manière d’engager l’intrigue, un grain particulier et prenant, qui fait s’accorder l’écriture et la situation : il y a là un mystère, un appel, quelque chose.

La situation ? Anne a la trentaine, c’est une étudiante attardée, qui a pris comme chaque vendredi un trolleybus pour aller voir son amie d’enfance… Pendant le trajet, son attention est attirée par une passagère plus âgée, munie d’une petite valise, avec laquelle une brève conversation s’engage et qu’elle suit soudain à la sortie d’une station, comme soumise à une invitation silencieuse, un accord spontané et tacite, presque magique. La femme s’appelle Blanche, elle a pour seule intention de parler et a choisi Anne pour destinataire de son récit, qui se fera le temps du livre, dans l’espace du soir, sur un banc aux abords d’un lac, comme une discrète cérémonie de passage.