L’écrivaine Lise Charles, à Paris, en juin 2025 . HÉLÈNE BAMBERGER/OPALE.PHOTO

Sélectionné pour le Prix littéraire Le Monde 2025

« Paranoïa, de Lise Charles », P.O.L, 410 p., 22 €, numérique 16 €.

D’un roman à l’autre (tous publiés chez P.O.L), Lise Charles offre à ses personnages réincarnations et métamorphoses. Prenez Marianne Renoir, dont le nom est celui porté par Anna Karina dans le film Pierrot le Fou, de Jean-Luc Godard (1965), et sert par ailleurs de pseudonyme à l’autrice pour ses livres jeunesse : on l’a connue jeune femme en plein désamour dans La Cattiva (2013), objet du désir d’un certain Oscar Milton dans La Demoiselle à cœur ouvert (2020), où elle était la mère d’une petite Louise, dont les carnets intimes constituaient une partie du texte.

Paranoïa voit revenir Marianne Renoir, effacée derrière sa fille de 16 ans, baptisée Louise Milton. Cette dernière, dont le journal est volé en cours de route, est cette fois aux commandes du récit. Elle a une sœur prénommée Jeanne – c’était déjà le cas de Lou, la narratrice de Comme Ulysse (2015). Ces mutations, déplacements et réinventions ne sont probablement pas étrangers à une remarque de Louise, qui explique le titre de Paranoïa : « Encore aujourd’hui, après une dizaine d’années de psychanalyse, j’ai l’impression d’être une héroïne de roman, persécutée par un auteur qui lui veut du mal. »