La décision impulsée par Londres et Ottawa de sanctionner le commerce avec les colonies israéliennes en Cisjordanie pourrait paradoxalement faire le jeu du gouvernement israélien, en pleine campagne électorale, selon une source diplomatique et des experts interrogés par l’AFP.« Je ne suis pas convaincu par le calendrier » des nouvelles sanctions, confie à l’AFP, sous couvert d’anonymat, un diplomate européen qui craint que ces mesures soient instrumentalisées par Benjamin Nétanyahou, à la tête de l’un des cabinets les plus à droite de l’histoire du pays.À l’approche des élections législatives du 27 octobre qui s’annoncent serrées, le premier ministre se présente comme un défenseur d’Israël face aux pressions internationales, cherchant à consolider sa base électorale.Le Royaume-Uni, auquel se sont joints la France et le Canada, a annoncé mardi l’interdiction de « l’importation de produits en provenance des colonies » implantées en Cisjordanie occupée, illégales au regard du droit international.Neuf autres États européens ont exprimé « leur intention d’imposer des restrictions ».Le développement des colonies s’est accéléré sous le gouvernement de Benjamin Nétanyahou et les violences y ont explosé, avec des attaques quasi quotidiennes de colons et des raids réguliers sur des villages palestiniens.Contre toute attente, le président américain Donald Trump, premier soutien du dirigeant israélien, n’a pas critiqué ces mesures, et le secrétaire d’État Marco Rubio a refusé de cautionner les mises en garde adressées à Londres par l’ambassadeur des États-Unis à Jérusalem, Mike Huckabee.« Effet boomerang »Israël a riposté par une série de contre-mesures, dont la fermeture du consulat britannique à Jérusalem.Et dans un pays traumatisé par l’attaque sans précédent du mouvement palestinien Hamas le 7 octobre 2023, qui a ravivé la ferveur patriotique, les critiques contre les sanctions ont transcendé les clivages partisans.Pour Sara Yael Hirschhorn, historienne à l’université de Haïfa et spécialiste des colons, ces mesures devraient galvaniser les électeurs de droite et pourraient permettre à certains petits partis d’atteindre le seuil requis pour entrer au Parlement.« Il me semble que cela pourrait avoir un effet boomerang spectaculaire », pronostique-t-elle. « Si le gouvernement britannique avait attendu la fin des élections […] je pense qu’il aurait pu y avoir davantage d’écoute et un dialogue plus constructif autour de cette escalade très grave en Cisjordanie ».« Mais ils ne l’ont pas fait », observe-t-elle. « Ils ont semblé réagir davantage à des impératifs de politique intérieure ».Pour le premier ministre britannique Andy Burnham, il s’agit de reconquérir des électeurs de gauche qui jugeaient son prédécesseur à Downing Street trop timoré face à la guerre dévastatrice menée par Israël à Gaza.Les sanctions ont surtout une portée symbolique, selon Esteban Klor, économiste de l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS). « Je ne m’attends pas à ce qu’elles aient des conséquences économiques majeures pour le pays », dit-il, alors que les colonies de Cisjordanie ne représentent qu’une infime partie de l’économie israélienne, très dynamique malgré la guerre.L’expert souligne en outre la difficulté à mettre en œuvre ces mesures, Israël ne distinguant pas systématiquement les marchandises provenant des colonies — essentiellement des produits agricoles — de celles issues du territoire israélien proprement dit.