Les funérailles nationales de Ratko Mladic, condamné en 2017 pour «génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre», ont choqué et irrité en Europe. Une fois de plus, la Serbie apparaît comme un pays rétrograde et suspect. Pour l'écrivain David Laufer, qui a quitté la Suisse pour vivre à Belgrade il y a 12 ans de cela, cette posture méconnaît le pays réel.
Publié le 09 septembre 2026 à 19:00. / Modifié le 10 septembre 2026 à 08:54.
Un homme embrasse le cercueil de Ratko Mladic, le 7 septembre 2026 à Belgrade. Des milliers de personnes ont tenu à assister aux funérailles nationales du général génocidaire, mort en prison à La Haye. | Keystone AP Photo / Marko Drobnjakovic
Le recueillement populaire serbe lors des funérailles de Ratko Mladic, condamné en 2017 par le Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) pour génocide, a suscité une couverture médiatique mondiale d'une intensité rare. Les mêmes médias sont pourtant restés plus que timides lors des mois de manifestations démocratiques à travers toute la Serbie en 2024 et 2025. Ce biais cognitif est dangereux, pour la Serbie autant que pour l'équilibre de la région.Les images des dizaines de milliers de personnes venues saluer le cercueil de Ratko Mladic le lundi 7 septembre à Belgrade ont fait le tour du monde. Les articles et les reportages se sont multipliés sur la toile, à un rythme effréné. Chaque grand titre européen et américain en fait sa une. Cet empressement ne semble pas injustifié. Qu'un homme condamné pour génocide, crime de guerre et crime contre l'humanité soit traité en héros par des milliers de personnes, reçoive les honneurs militaires et soit accompagné au tombeau par le patriarche de l'Église orthodoxe serbe peut, et doit choquer.Le doute n'est pas permis quant à la culpabilité de Mladic pour les faits épouvantables qui lui sont reprochés, à Srebrenica, à Sarajevo et au Kosovo. Accorder à un tel homme de tels honneurs revient, au mieux, à nier ses crimes – au pire à les justifier. Il n'est donc pas excessif que Marta Kos, commissaire européenne à l'Élargissement, elle-même d'origine slovène, renonce à sa visite à Belgrade prévue le 9 septembre, en signe de protestation.Cette émotion est par conséquent justifiée, mais elle porte aussi en elle un goût amer. La couverture médiatique du week-end dernier a abondamment insisté sur les retards de la Serbie en matière d'intégration européenne et sur le non-respect de la liberté de la presse par le gouvernement serbe. Or de cela, les Serbes eux-mêmes en sont douloureusement conscients. De novembre 2024 à juin 2025, ils ont manifesté par centaines de milliers contre tous les abus et la corruption du gouvernement.














