"Les images des funérailles de Ratko Mladic hier à Belgrade sont choquantes", a cinglé sur X la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ce mardi 8 septembre. La veille, la Serbie a enterré son plus grand criminel de guerre : l'ancien général Ratko Mladic, condamné à la prison à perpétuité par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, et mort derrière les barreaux à La Haye, aux Pays-Bas, le 27 août dernier. En 2017, il avait été reconnu coupable de génocide, de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre, notamment pour son rôle dans le massacre de Srebrenica en 1995, qui a fait environ 8 000 morts parmi la population bosniaque musulmane.Cela n'a pas empêché des milliers de personnes de se réunir pour assister aux funérailles de cette figure emblématique du nationalisme serbe, considérée par une partie de la société comme un héros pour avoir défendu les Serbes de Bosnie pendant la guerre. Aux premiers rangs, plusieurs hauts responsables serbes, dont le ministre de la Défense et celui de la Justice, étaient présents, aux côtés du dirigeant des Serbes de Bosnie Milorad Dodik et de l'ambassadeur de Russie en Serbie. La cérémonie était présidée par le patriarche Porfirije, à la tête de la puissante Église orthodoxe serbe. Le gouvernement serbe a affirmé ne pas avoir organisé les funérailles. Mais selon les informations de Politico, le corps de Ratko Mladic a été rapatrié à bord d'un avion gouvernemental, puis escorté par des membres des forces armées serbes, tandis qu'une fanfare militaire jouait une marche funèbre.Le fils du président présent à l'enterrementS'il n'était pas présent, le président de Serbie, Aleksandar Vucic, a lui-même affirmé avoir parlé à la famille du défunt et avoir fait "tout son possible pour que [les funérailles] se déroulent dans la dignité". Et n'a pas manqué d'envoyer son fils, Danilo Vucic. Le chef de l'Etat était dans une position politique délicate, alors qu'une partie de son électorat est composée d'électeurs nationalistes qui révèrent l'ancien général, et qu'il devra faire face à des élections législatives anticipées, qui se dérouleront en octobre après la dissolution du Parlement lundi.Pour les observateurs internationaux, Aleksandar Vucic espérait que son absence suffirait à éviter les foudres de l'Union européenne. Raté. "Les signes de soutien officiel et la présence de plusieurs hauts responsables serbes aux funérailles sont profondément regrettables. Ils témoignent d'une incapacité à affronter un sombre chapitre de l'histoire récente de l'Europe et sont en contradiction avec les valeurs qui sous-tendent le cheminement de la Serbie vers l'Union européenne", a conclu Ursula von der Leyen ce mardi.La commissaire européenne à l'Élargissement, Marta Kos, a quant à elle annulé une visite à Belgrade, dénonçant la "glorification" de Mladic. "Le transfert des restes de Ratko Mladić à Belgrade sera un test très important, avait-elle prévenu en amont. Il se passe beaucoup de choses en Serbie en ce moment [...] et tout cela peut avoir un impact sur la manière dont les États membres évaluent la Serbie."Une adhésion européenne déjà au point mortL'événement intervient alors que les relations entre Belgrade et Bruxelles sont déjà tendues. L'Union européenne pointe du doigt des restrictions visant la liberté de la presse et l'indépendance de la justice, et plus globalement un recul démocratique dans le pays. Celui-ci a par ailleurs refusé de sanctionner la Russie pour son invasion de l'Ukraine. La Serbie n'a ouvert aucun nouveau chapitre de négociation avec l'UE depuis décembre 2021, huit États membres bloquant son avancée en raison notamment de son bilan sur l'État de droit et de sa position vis-à-vis de Moscou.Auprès de Politico, le président du conseil d'administration de l'European Policy Center à Belgrade, Srdjan Majstorovic, souligne que l'indignation de Bruxelles arrive toutefois bien tard. Il juge "plutôt irritant" de voir des responsables européens se dire surpris qu'un régime "autoritaire et nationaliste" instrumentalise les funérailles d'un criminel de guerre condamné. "Tout cela s'est produit sous leur surveillance, il n'y a donc pas de place pour la surprise", estime-t-il, rappelant que Bruxelles a longtemps présenté Aleksandar Vucic comme "essentiel aux progrès du pays".
Serbie : les funérailles de Ratko Mladic mettent à l'épreuve les ambitions européennes du pays
La présence de hauts responsables du gouvernement serbe aux funérailles du "boucher des Balkans" a indigné Bruxelles, et ravivé les tensions autour de la candidature de Belgrade à l'Union européenne.











