Depuis le printemps dernier, le Musée d’art contemporain (MAC) de Montréal ne présente plus d’expositions dans ses espaces temporaires de Place Ville Marie. Ce sont plutôt six artistes de la relève qui y ont aménagé leur studio pour huit mois, dans le cadre d’une résidence qui allie exploration, soutien au développement de carrière et rencontres avec le public. Premier d’une série de portraits de créatrices à l’identité forte et assumée en résidence au MAC.

Miri Chek, de son vrai nom Maria Chekhanovich Nerssesian, accueille Le Devoir dans son petit laboratoire. Une plaque de cuisson, des tasses à mesurer remplies de substances brunâtres et verdâtres, des spatules et des seringues… Que concocte-t-elle ?« Je travaille avec une matière que je cuisine, explique-t-elle d’emblée, d’un ton à la fois réservé et enjoué. C’est de la gélatine, de l’eau et de la glycérine. »Moulé et séché à l’air, ce bioplastique devient, sous les mains de Miri Chek, toutes sortes de sculptures translucides, malléables et intrigantes. Parmi celles-ci : la représentation, en version souple et abrégée, d’un livre de recettes soviétique ayant servi d’outil de propagande sous le régime de Staline. Il rayonne, posé sur une table lumineuse.« Il était dans chaque maison, symbole de l’Empire russe, de la richesse et de l’abondance », raconte l’artiste née en Arménie. Pourtant, à cette époque, la population faisait face à des pénuries alimentaires et était incapable de se procurer plusieurs ingrédients clés des recettes.Miri Chek a croqué le coin de certaines pages. « Ça goûte un peu sucré, à cause de la glycérine, et c’est comestible », souligne celle qui organise de temps à autre des dégustations de bioplastique. Elle doit d’ailleurs en préparer bientôt pour une activité à Espace pour la vie.