La plateforme Jooay, qui recense les activités inclusives pour les enfants et les adolescents en situation de handicap depuis plus d’une décennie, a reçu un coup de pep d’une équipe de chercheurs de l’Université McGill pour accroître le taux de participation.
Au Québec, il y avait 59 853 élèves handicapés aux niveaux préscolaire, primaire et secondaire en 2023-2024, selon la page « Profil statistique des personnes handicapées » du gouvernement du Québec. Pour certaines de leurs familles, les loisirs sont loin d’être une partie de plaisir. « Ça paraît simple, mais ce ne l’est pas pour les enfants en situation de handicap », expose Keiko Shikako, professeure agrégée à l’École de physiothérapie et d’ergothérapie et au Département de pédiatrie de l’Université McGill ainsi que cocréatrice de Jooay. « Ces parents n’ont pas le temps. Chaque jour, ils sortent de la maison et ils sont en guerre. Il y a des barrières partout, partout, partout. »
Inspirée de la thèse de doctorat de la professeure, la plateforme cocréée avec Annette Majnemer en 2015 vise à faciliter la découverte d’activités récréatives adaptées à différents handicaps. Les quelque 6200 utilisateurs au Canada, dont 1058 au Québec, peuvent y trouver des événements répertoriés par régions, par types de loisir ou de sport, par handicaps bienvenus et même par effets recherchés : simple divertissement, amélioration de la forme physique, etc.On trouve sur Jooay plus de 4000 rendez-vous partout au Québec et au Canada : basketball en fauteuil roulant compétitif, ateliers d’arts visuels pour les déficients intellectuels, golf pour les déficients auditifs, danse Broadway pour les enfants atteints du syndrome de Down, cours de cuisine pour les enfants sur le spectre de l’autisme, club d’écriture pour les jeunes physiquement handicapés, etc.« La promotion de la santé est l’objectif principal, mais tout est pensé pour faciliter la vie des parents », indique Keiko Shikako. « Les premières barrières, c’est de trouver l’information et de planifier. Si c’est trop difficile, les gens laissent souvent tomber. »Mieux planifier, jouer plusJooay a abattu le premier obstacle, soit la recherche d’information. Jusqu’à tout récemment, la deuxième barrière pour les parents restait cependant dressée : la planification. S’il est difficile de s’informer, ce l’est encore plus d’intégrer les sports et autres passe-temps stimulants à un horaire réglé au quart de tour.Sous la supervision de la professeure Keiko Shikako, Ebrahim Mahmoudi, doctorant en sciences de la réadaptation à McGill, s’est basé sur la théorie du changement de comportement pour rendre la plateforme plus engageante auprès des jeunes, après avoir préalablement étudié les variables qui motivent les familles des jeunes en situation de handicap à sortir pour des loisirs.D’ailleurs, les cliniciens des familles sont dorénavant inclus dans l’aventure. Ceux-ci peuvent conseiller des activités à leurs patients directement dans l’application Jooay, qui peuvent les ajouter à un plan ou à un calendrier.La plateforme propose également de joyeux avatars personnalisables par les jeunes, qui peuvent même y représenter leur handicap. Les personnes qui participent à des activités gagnent des récompenses virtuelles, comme des accessoires pour leur avatar ou la possibilité de changer l’apparence de la plateforme. « La nouvelle version aide à planifier, et les utilisateurs ont maintenant plus de possibilités d’interagir avec l’application », résume la professeure.Jouer pour mieux comprendre la sociétéMalgré les interactions possibles au sein de l’application, l’objectif est encore d’inciter les jeunes à jouer, et non à passer des heures sur un téléphone intelligent, assure la professeure. « C’est dans le loisir que l’enfant va apprendre sur le monde, sur comment les gens interagissent, sur les règlements à suivre pour survivre dans la société, sur comment la société fonctionne ». énumère-t-elle.« On exclut systématiquement cette partie des enfants [ceux qui vivent avec un handicap]. Ça crée un effet en chaîne, parce que si l’enfant n’est pas capable de jouer, il n’est pas capable de développer les habiletés sociales », déplore Keiko Shikako. « C’est pour ça que l’application est là, conclut la cocréatrice de Jooay. On essaie de combler un besoin qui, on l’espère, ne sera plus là dans quelques années. Mais on sait que les choses bougent lentement. »La nouvelle version de l’application Jooay est disponible sur la plateforme iOS.







