Depuis 2004, les organisations publiques québécoises, comme le Curateur public ou Revenu Québec, ont l’obligation légale de mettre en place un plan d’action annuel pour les personnes handicapées afin de lever les obstacles qui gênent leur intégration.Ces plans d’action varient selon l’organisation et sa mission ; ils peuvent contenir quelques ou plusieurs mesures. Au fil des plans, certaines mesures disparaissent, d’autres sont maintenues et de nouvelles sont introduites.Toutes se déclinent toutefois en deux catégories. D’une part, il y a les mesures internes mises en place pour les employés d’un organisme, comme l’aménagement d’un espace de travail pour une personne handicapée — aucun organisme n’échappe à cette catégorie. D’autre part, il y a les mesures externes déployées pour les usagers, par exemple s’assurer que les documents requis soient disponibles en braille. La nature de ces dernières mesures dépend naturellement de la mission de l’organisme.Les personnes handicapées, pas assez parties prenantesPaul-Claude Bérubé, directeur général de la Confédération des organismes de personnes handicapées du Québec (COPHAN), salue ces plans d’action, qu’il considère comme un pas dans la bonne direction. Mais si certains de ces plans sont adéquatement conçus, plusieurs affichent des lacunes, selon lui.« Là où le bât blesse, c’est du côté de la participation des personnes handicapées à l’élaboration des plans d’action. Trop souvent, ils sont conçus à l’interne, parfois en consultant les employés qui ont un handicap s’il y en a au sein de l’organisme, mais souvent sans aucune consultation avec des personnes handicapées ou avec les organismes qui les représentent. Si l’on veut un plan d’action efficace et utile pour les personnes handicapées, il me semble que ces dernières devraient être parties prenantes, et ce, dès le début de l’élaboration du plan. »Selon M. Bérubé, un autre point faible est l’évaluation de l’efficacité des stratégies prévues. « Présentement, la méthode d’évaluation de l’efficacité d’un plan, c’est le nombre de mesures qui s’y trouvent. Mais on ne dispose d’aucune méthode pour évaluer si une mesure répond, dans la réalité, à l’objectif qu’elle visait. C’est une grave lacune. »Le rôle unique de l’OPHQCes failles peuvent cependant être décelées grâce à l’Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ). « L’OPHQ n’est pas un organisme prescriptif, précise son directeur général, Daniel Jean. On ne peut rien exiger. Cependant, notre position sur l’échiquier nous permet de souligner ce qui ne fonctionne pas et de suggérer des correctifs. C’est ce qu’on fait avec les plans d’action des organismes publics. »Daniel Jean tient à souligner le rôle particulier de l’OPHQ. « Il consiste d’abord à informer les personnes handicapées, les organismes qui les représentent, les ministères, les organismes publics, bref, l’ensemble des intervenants qui veulent se renseigner sur tout ce qui concerne les personnes handicapées : lois, règlements, mesures de soutien et fiscales et tutti quanti. Ensuite, dans une moindre mesure, nous assumons aussi un rôle d’accompagnement. »Cette façon de procéder est unique à l’OPHQ. « On ne trouve pas ailleurs d’organismes qui fonctionnent exactement comme l’OPHQ. Ici, au Québec, nous n’avons pas de ministre des Personnes handicapées. Ce rôle échoit à l’OPHQ. C’est nous qui faisons le lien entre les ministères et les autres organismes. Nous travaillons donc dans l’horizontalité. » Cela permet à l’OPHQ de s’assurer que l’information pertinente est reçue par tous et qu’elle est comprise par tous.« Nous fournissons un effort de vulgarisation afin que l’information soit accessible et qu’elle circule de façon simple et fluide. Cela permet ensuite d’éviter le travail en silo. Par exemple, si une municipalité veut construire une piscine accessible aux personnes handicapées, elle peut facilement s’inspirer de ce qu’a fait une autre municipalité. Inutile d’essayer de réinventer la roue chaque fois. »La philosophie qui sous-tend l’action de l’OPHQ est que les personnes handicapées sont des parties prenantes. « Le problème, illustre Daniel Jean, ce n’est pas la personne handicapée, mais plutôt son environnement. C’est l’environnement qui dresse les obstacles qui nuisent à la pleine participation de la personne handicapée à la vie en société. Et c’est donc l’environnent qu’il faut transformer. »
Favoriser l’intégration des personnes handicapées, plan par plan
Les plans d’action annuels envers les personnes handicapées remplissent-ils leur mission ?












