Vues et voix, entreprise d’économie sociale inclusive du secteur audionumérique, travaille à faciliter l’accès à la culture et à l’information des personnes ayant de la difficulté à lire en raison de limitations visuelles, physiques ou perceptuelles. Retour sur 50 ans d’histoire.

Vues et voix a souligné son 50 anniversaire en publiant à l’attention de ses abonnés sur les réseaux sociaux une ligne du temps mettant de l’avant le long chemin parcouru. L’organisme qui œuvre pour l’épanouissement social et culturel des personnes en situation de handicap ou issues de la diversité se déploie au moyen de deux grands véhicules : il produit des livres audio adaptés pour les personnes non voyantes, mais aussi des émissions culturelles inclusives promouvant la diversité au sens large, diffusées sur sa chaîne radio, Canal M.L’objectif premier de Vues et voix, à sa fondation, en 1976, était de soutenir les étudiants non voyants dans la poursuite de leurs études. Son fondateur, André Hamel, lui-même atteint d’un handicap visuel, s’était rendu aux États-Unis pour s’inspirer de l’organisation Recording for the Blind & Dyslexic, dont il a reproduit le modèle pour aider ses semblables au Québec.En 1986, le ministère de la Culture et des Communications a accordé à La Magnétothèque (l’ancien nom de Vues et voix, en usage jusqu’en 2011) l’appellation de « bibliothèque spécialisée » et a autorisé, au-delà des ouvrages scolaires, l’introduction de documents de loisirs (romans, biographies, etc.) à son répertoire de livres audio adaptés, chapeauté par Bibliothèque et Archives nationales du Québec.Émissions « par et pour »Toujours en 1986, La Magnétothèque a ajouté la chaîne radio Canal M à son service de base. « Parce qu’il y avait aussi un manque dans ce qu’on appelle “l’information éphémère”, c’est-à-dire les journaux et les magazines, observe Marjorie Théodore, présidente-directrice générale de Vues et voix. On avait trouvé la solution d’en faire la lecture par la radio. »En 2004, l’organisme a obtenu du CRTC sa licence de diffusion, au même titre que les chaînes de l’Assemblée nationale, APTN ou TV5, comprises dans l’abonnement de base au câblodistributeur, pour devenir une radio traditionnelle et diffuser des émissions au contenu encore plus approfondi.Dans une approche « par et pour », Canal M rassemble à son antenne des animateurs eux-mêmes en situation de handicap et en position de poser des questions délicates, « tout en restant politiquement corrects », indique Mme Théodore. « Par exemple, si on parle d’un événement ou d’un restaurant, on se demande si c’est accessible en fauteuil roulant ou s’il y a du braille dans les ascenseurs, des questions qu’on ne pose pas ailleurs. »Canal M relaie autant des émissions traitant d’actualité et des manchettes du jour (On lit pour vous, Aux quotidiens) que d’autres qui abordent de front les enjeux liés à la diversité, à l’inclusion et à l’accessibilité universelle (Des livres plein les oreilles, Sans détour, Mission Vision) ou des sujets culturels (comme Images et mots, à voix haute !, qui parle de littérature jeunesse). Affirmations et Là où l’arc-en-ciel se lève s’adressent aux communautés LGBTQ+.En 2025 seulement, 200 000 téléchargements de contenu sur le site Web de Vues et voix ont été comptabilisés. L’auditoire moyen est formé d’adultes de plus de 45 ans, même si l’on cherche à intéresser tous les publics. Les activités de Vues et voix, qui est accrédité auprès de l’Organisation des Nations unies, rayonnent aussi à l’étranger, ses dirigeants ayant participé à l’ouverture de studios semblables aux leurs en Martinique, en Haïti et au Cameroun, en collaboration avec des organismes locaux.Précieux bénévolesÀ ses débuts, Vues et voix a bénéficié d’une subvention pour la production de ses livres audio adaptés (c’est-à-dire incluant des indicateurs de marque-page ou de notes de bas de page), laquelle a été supprimée en 2012. Depuis, l’équipe ne reçoit aucun financement étatique. La situation de cet organisme à but non lucratif financé comme tel, ainsi qu’au moyen des redevances des câblodistributeurs, demeure donc fragile dans un écosystème médiatique déjà vacillant.Vues et voix peut heureusement compter sur l’apport de lecteurs, d’animateurs et de monteurs bénévoles dévoués, dont certains s’impliquent depuis une trentaine d’années, et continue de recruter activement des volontaires. « On est laissés à nous-mêmes pour survivre, déplore Marjorie Théodore. Nous n’avons plus les moyens d’avoir des recherchistes. Maintenant, les animateurs doivent procéder à leurs propres recherches, avec l’aide de l’intelligence artificielle. »« Nous avons une banque de belles et bonnes personnes qui nous entourent, renchérit Jean-Sébastien Laliberté, directeur de Canal M. Le fait d’avoir autant de bénévoles qui croient en la cause et offrent leur temps, ça paraît dans l’ambiance d’une équipe. »« Il faut absolument, sur le plan politique, que les gens continuent de porter des actions favorisant l’inclusion dans tout son sens, conclut Mme Théodore. Pour que les citoyens soient informés et pour valoriser le vivre-ensemble. Nous, on veut continuer de travailler sur l’inclusion, mais il faut que ça soit pareil dans l’ensemble de la société. Il ne faut surtout pas s’arrêter, on peut en faire encore plus. »Le 3 décembre prochain, le spectacle d’humour Le show mal amoché offrira une représentation spéciale à La Comédie de Montréal pour souligner la Journée internationale des personnes handicapées et le jubilé de Vues et voix.Canal M est accessible par la télé numérique (position 577 chez Vidéotron, 13 chez Bell, etc.) et sur le Web (vuesetvoix.com).