À travers les portraits vibrants de chansigneurs, le documentaire “The Way We Move”, sur Arte.tv, pose la question de l’accessibilité aux concerts pour les personnes malentendantes. Entretien avec Vanessa Joo Dumont, sa coréalisatrice. Lors de concerts, l’Américaine Amber Galloway exprime toute l’émotion de la musique en langue des signes. What's Up Films/Wagram Productions Par Pauline Demange Dilasser Publié le 01 septembre 2026 à 11h00 Dans leur superbe documentaire “The Way We Move”, disponible sur Arte.tv, Vanessa Joo Dumont et Nicolas Davenel s’immiscent dans les camps organisés par Amber Galloway, figure emblématique des chansigneurs américains : afin de rendre les concerts accessibles à la communauté sourde et malentendante, elle y forme des artistes à interpréter la musique de manière organique, physique et émotionnelle. Rencontre avec Vanessa Joo Dumont. Connaissiez-vous l’univers du chansigne avant de réaliser votre documentaire ?Non, pas spécialement. Nous avons rencontré Amber Galloway grâce aux producteurs de Wagram Productions. Ses vidéos de chansigne deviennent régulièrement virales comme celle, incroyable, où elle interprète pour le rappeur Twista, que l’on voit au début du film. Nous avions une fascination visuelle un peu naïve pour ces performances, mais peu de clés de lecture. Comme de nombreux entendants, nous ne nous étions jamais posé la question du rapport des sourds à la musique. Le parcours d’Amber — femme engagée, LGBTQIA+, qui vit au Texas et organise des « camps » pour former des interprètes, mère de jumeaux partis combattre en Afghanistan, dont l’un est décédé — permet de raconter une histoire universelle : comment fait-on pour survivre à des drames ? Pour les personnages, la musique fait clairement partie de la réponse. Plus largement, notre documentaire soulève la question de l’accessibilité aux concerts, qui semble si évidente pour les personnes entendantes. Votre film témoigne d’une grande empathie et d’une compréhension de la communauté sourde…Nous avons abordé le sujet avec délicatesse et pas à pas, en demandant conseil à Amber et à des personnes sourdes et malentendantes dans l’industrie du cinéma sur la meilleure manière de filmer, de respecter l’espace sourd, de capter le son. C’était très beau d’apprendre une nouvelle façon de travailler. Nous adorons être très proches des personnes, faire des gros plans sur les yeux, la peau. Il a fallu cependant user de parcimonie : ne pas voir les mains d’une personne qui signe signifie lui couper la parole ! Au montage, impossible également de se servir du hors-champ. Forts de ces apprentissages, nous avons pu au fur et à mesure du tournage essayer de marier des plans plus esthétiques pour nous, plus intimes, avec une narration qui n’empêchait pas l’accessibilité. Julian Ortiz, l’un des élèves chansigneurs auxquels Amber Galloway transmet sa méthode. What's Up Films/Wagram Productions Qu’en est-il en France en matière de chansigne et d’accessibilité des concerts ?Nous sommes très en retard. Des chansigneurs français lors d’une avant-première nous confiaient que beaucoup de personnes sourdes ignorent même qu’elles peuvent faire ce type de métier. Aux États-Unis, Amber fait office de figure de proue. L’ADA [l’Americans with Disabilities Act, adopté en 1990, ndlr] impose des obligations en matière d’accessibilité dans les événements culturels. Quand une personne sourde demande un interprète sur scène, l’organisation est obligée de le lui fournir. Cela implique quelques dérives parfois, car la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. C’est pour offrir un accès digne à la musique qu’Amber se bat en formant des interprètes et en acceptant toutes les opportunités, quitte à être mal payée. En France, un chansigneur peut être embauché par un festival ou des productions sur certaines chansons, mais ce choix dépend des organisateurs. Ça doit se renverser. Nous espérons ouvrir des portes, que notre film puisse faire bouger les choses ici. À lire aussi : “Miki entre sur scène, elle a un chapeau de cow-boy” : à Rock en Seine, des concerts enfin accessibles en audiodescription s The Way We Move. Chansigne : quand le corps devient musique, documentaire de Vanessa Joo Dumont et Nicolas Davenel (France, 2024, 1h34). Disponible sur Arte.tv. Télévision Concert Arte et Arte.tv Handicap Documentaire Plateformes Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
“Comme de nombreux entendants, nous ne nous étions jamais posé la question du rapport des sourds à la musique”
À travers les portraits vibrants de chansigneurs, le documentaire “The Way We Move”, sur Arte.tv, pose la question de l’accessibilité aux concerts pour les personnes malentendantes. Entretien avec Vanessa Joo Dumont, sa coréalisatrice.









