Le dynamisme économique, la santé des finances publiques et la prospérité individuelle et collective vous tiennent à cœur ? Investissez dans la petite enfance.On peut difficilement demander un meilleur rapport coûts-bénéfices, dit un rapport sur le sujet dévoilé ce mercredi par l’Observatoire des tout-petits. De manière générale, chaque dollar investi dans les programmes qui visent spécifiquement les premières années de la vie d’un individu, allant de la grossesse à l’âge de 5 ans, génère de deux à quatre fois plus de gains économiques.Dans le cas de l’accès précoce aux traitements de trois maladies chroniques pédiatriques au Canada, les retombées d’un dollar supplémentaire vont de 1,39 $ à 4,89 $ en réduction des coûts de santé à long terme, en amélioration du parcours scolaire et en participation économique plus forte à l’âge adulte, selon une étude canadienne.Chaque dollar additionnel investi dans l’éducation pendant la petite enfance peut rapporter jusqu’à 5,83 $, selon une autre étude. Des experts ont estimé que la mise en place d’un réseau de services de garde éducatif au Québec est rapidement venue grossir son produit intérieur brut de 1,7 %. Le soutien financier direct aux familles constitue aussi un levier d’intervention efficace pour réduire l’impact de la pauvreté.« C’est non seulement profitable pour les tout-petits et les adultes qu’ils deviendront, mais c’est économiquement rentable pour le Québec », résume la présidente du conseil d’administration de l’Observatoire des tout-petits, Julie Meloche. À l’inverse, l’inaction a un lourd prix.« Effet domino »Cet effet des mesures qui visent la petite enfance, dit le rapport, « s’explique en grande partie par la nature même du développement humain ». « Durant cette phase, le cerveau se développe à un rythme très rapide et les bases sur lesquelles reposeront les apprentissages ultérieurs se forment. Les divers milieux de vie et conditions dans lesquels grandissent les tout-petits jouent un rôle déterminant dans ce développement et peuvent influencer durablement le parcours de vie de l’enfant et de l’adulte qu’il deviendra. »À certains égards, le Québec fait figure de chef de file dans le domaine, notamment en raison de son réseau public de service de garde à prix modique et son régime de congé parental plus généreux. Mais même là, tout est loin d’être parfait, le manque de places en garderie se faisant encore sentir, par exemple, dans les quartiers défavorisés où leur effet serait particulièrement important.Quant au reste, plus d’un enfant de 0 à 5 ans sur dix vit dans une famille sous le seuil de faible revenu, plus d’un sur six est exposé à au moins une forme de violence dans la famille, et plus d’un sur quatre vit dans un logement considéré comme non acceptable en raison de son coût, de sa taille ou de son piètre état.« Jusqu’à présent, on n’a pas beaucoup entendu parler d’investissement dans la petite enfance dans le cadre des élections », a déploré Julie Meloche en entrevue au Devoir la semaine dernière. « Ce serait pourtant une bonne façon de s’attaquer à nos problèmes en éducation, en santé, en logement, en protection de la jeunesse ou en itinérance en raison de leur effet domino. »Près de 9 Québécois sur 10 considèrent d’ailleurs que les partis politiques devraient faire de la petite enfance une priorité, selon un sondage Léger réalisé pour le compte de l’Observatoire.